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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Âgé de trente et un ans, Guy Chevalier avait quitté sa péniche, sur
la Seine, avec deux de ses camarades, pour aller au cinéma Rex. Bien
qu’il ait été membre des Jeunesses communistes, sa présence était étrangère à la manifestation. Vers 22 heures, il fait la queue devant le cinéma
au moment où les incidents éclatent dans le secteur. La direction du
cinéma, craignant pour son établissement, décide de tirer la grille
devant l’entrée en repoussant au-dehors les personnes qui étaient dans
l’attente de leur billet. Mais la police charge, et frappe. Lejeune Chevalier est atteint à la tête et s’effondre. Un mort de plus, un jeune Français
de souche, ce 17 octobre 1961.
Rive gauche, c’est sur le boulevard Saint-Michel et le boulevard
Saint-Germain que se produisent les plus graves incidents. Une colonne
de manifestants a, dès 19 h 50, tenté de se diriger vers la préfecture de
police par le boulevard du Palais, mais ils ont été encerclés à la hauteur
du tribunal de commerce, une centaine d’entre eux ayant été conduits
à la préfecture après avoir été « neutralisés ». Sur le boulevard SaintMichel, un petit millier de FMA, comme pris au piège dans un espace
dont ils n’arriveraient pas à trouver l’issue, se lancent vers le boulevard
Saint-Germain et prennent d’assaut un barrage des forces de l’ordre qui
les repoussent. Plus tard, vers 21 h 30, une partie de ces manifestants
bifurque vers l’Assemblée nationale et sont stoppés par un autre barrage
à la hauteur de la rue de Bellechasse. Comme ils entendent poursuivre
leur marche, un affrontement extrêmement violent s’ensuit, selon les
propres termes du commissaire du 7e arrondissement. Puis, peu après
22 heures, des groupes survivants des précédentes bagarres échouent
place Saint-Sulpice, à proximité du commissariat du 6e arrondissement.
Là, des coups de feu sont tirés et plusieurs dizaines de manifestants
sont blessés.
Le drame est loin d’être terminé, mais à ce stade, au soir de ce
17 octobre, lorsque le calme revient progressivement dans Paris et que
défilent les véhicules chargés d’Algériens encadrés par des policiers,
vers les lieux convenus pour les contrôles, quels sont les premiers éléments de la conclusion ?
Et d’abord sur le nombre des manifestants...
Vingt mille selon un bilan établi par le cabinet du préfet de police,
25 000 selon le ministre de l’intérieur dans une déclaration à l’Assemblée nationale le 18 octobre et au Sénat le 31. Dans son «Rapport
d’enquête sur les événements du 17 octobre mettant en cause la préfecture de police » adressé le 4 décembre 1961 au ministre de l’intérieur,
Roger Wuillaume, inspecteur général de l’Administration, avance le
chiffre de 22 000.
Le nombre des participants est donc très important, mais plus encore
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Âgé de trente et un ans, Guy Chevalier avait quitté sa péniche, sur
la Seine, avec deux de ses camarades, pour aller au cinéma Rex. Bien
qu’il ait été membre des Jeunesses communistes, sa présence était étrangère à la manifestation. Vers 22 heures, il fait la queue devant le cinéma
au moment où les incidents éclatent dans le secteur. La direction du
cinéma, craignant pour son établissement, décide de tirer la grille
devant l’entrée en repoussant au-dehors les personnes qui étaient dans
l’attente de leur billet. Mais la police charge, et frappe. Lejeune Chevalier est atteint à la tête et s’effondre. Un mort de plus, un jeune Français
de souche, ce 17 octobre 1961.
Rive gauche, c’est sur le boulevard Saint-Michel et le boulevard
Saint-Germain que se produisent les plus graves incidents. Une colonne
de manifestants a, dès 19 h 50, tenté de se diriger vers la préfecture de
police par le boulevard du Palais, mais ils ont été encerclés à la hauteur
du tribunal de commerce, une centaine d’entre eux ayant été conduits
à la préfecture après avoir été « neutralisés ». Sur le boulevard SaintMichel, un petit millier de FMA, comme pris au piège dans un espace
dont ils n’arriveraient pas à trouver l’issue, se lancent vers le boulevard
Saint-Germain et prennent d’assaut un barrage des forces de l’ordre qui
les repoussent. Plus tard, vers 21 h 30, une partie de ces manifestants
bifurque vers l’Assemblée nationale et sont stoppés par un autre barrage
à la hauteur de la rue de Bellechasse. Comme ils entendent poursuivre
leur marche, un affrontement extrêmement violent s’ensuit, selon les
propres termes du commissaire du 7e arrondissement. Puis, peu après
22 heures, des groupes survivants des précédentes bagarres échouent
place Saint-Sulpice, à proximité du commissariat du 6e arrondissement.
Là, des coups de feu sont tirés et plusieurs dizaines de manifestants
sont blessés.
Le drame est loin d’être terminé, mais à ce stade, au soir de ce
17 octobre, lorsque le calme revient progressivement dans Paris et que
défilent les véhicules chargés d’Algériens encadrés par des policiers,
vers les lieux convenus pour les contrôles, quels sont les premiers éléments de la conclusion ?
Et d’abord sur le nombre des manifestants...
Vingt mille selon un bilan établi par le cabinet du préfet de police,
25 000 selon le ministre de l’intérieur dans une déclaration à l’Assemblée nationale le 18 octobre et au Sénat le 31. Dans son «Rapport
d’enquête sur les événements du 17 octobre mettant en cause la préfecture de police » adressé le 4 décembre 1961 au ministre de l’intérieur,
Roger Wuillaume, inspecteur général de l’Administration, avance le
chiffre de 22 000.
Le nombre des participants est donc très important, mais plus encore
