Les fausses espérances et le chaos
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Dans le secteur de l’Étoile, les Algériens qui débarquent en niasse
des stations de métro pendant plus de deux heures sont « cueillis » sans
incidents graves, selon les rapports de police, avant d’être conduits,
pour quelque 2 500 d’entre eux, vers les centres d’identification. Au
métro Concorde et dans le secteur Opéra-Madeleine-Saint-Lazare, la
méthode est identique. Descendant des rames par milliers, les manifestants sont bloqués et, s’agissant de la Concorde, rassemblés dans les
couloirs de la station. Au métro Madeleine, les hommes sont poussés
dans le tunnel de la station tandis que les femmes et les enfants reçoivent l’ordre de rentrer chez eux. Ils obéissent sans discuter, heureux
d’échapper à l’enfer. Leur attitude n’est guère différente des hommes
dont l’immense majorité, le fait a été unanimement observé, se sont
laissé interpeller sans opposer de résistance.
La situation prend un tour beaucoup plus dramatique sur les Grands
Boulevards, en particulier sur les boulevards Poissonnière et BonneNouvelle... Refluant vers la République après s’être dirigés vers l’Opéra
et la gare Saint-Lazare, une colonne de quelque 3 000 manifestants,
dont certains brandissent des drapeaux et des écharpes vertes en criant
des slogans, est d’abord refoulée par deux compagnies républicaines de
sécurité sans incident grave lorsque, vers 21 h 45, un car de police
transportant des Algériens précédemment appréhendés est assailli et
bloqué à la hauteur du 16, boulevard Poissonnière. Le conducteur,
effrayé, aurait alors tiré en l’air avec son pistolet, puis dans la direction
des manifestants. Des renforts arrivent, des coups de feu partent, les
CRS dégagent le véhicule qui peut reprendre sa route. La foule, disloquée, éclate en groupe épars. Des magasins sont saccagés tandis que
d’autres manifestants cherchent refuge dans les stations de métro
Bonne-Nouvelle et Montmartre.
Des corps inanimés gisent sur les trottoirs, et un peu partout, comme
à Puteaux, ces visages ensanglantés d’Algériens, ces regards qui expriment tout en même temps la terreur et l’étonnement. Terreur de la
violence de la répression, étonnement, et probablement ces interrogations : Mais pourquoi nous avoir précipités dans cet enfer, et pourquoi
de l’autre côté tant d’acharnement, tant de haine visible de la part des
policiers...
Guy chevalier, mortellement blessé, le 17 octobre, devant le cinéma Rex,
boulevard Bonne-Nouvelle, vers 21 heures, disent les archives de la préfecture
de police. La mort est due à des coups de crosse sur la tête, reçus pendant une
charge.
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