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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Que certaines de ces formations se soient trouvées à plusieurs reprises en
position difficile n’a dès lors rien d’étonnant. Entre autres facteurs, le risque
de débordement pourrait expliquer jusqu’à un certain point la violence des
affrontements signalés dans certains secteurs...
Selon les directives du FLN, la manifestation doit se concentrer sur
trois secteurs : pour les Algériens de la banlieue Nord et Nord-Est sur
les Grands Boulevards ; pour ceux de la banlieue Sud, sur les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain jusqu’à l’Assemblée nationale ;
pour ceux de la banlieue Ouest, sur l’Etoile et les Champs-Elysées.
Il pleut sur Paris ce 17 octobre, le ciel sera donc au diapason de
l’événement, gris, couvert, et l’eau des chaussées se mêlera aux tâches
de sang.
Le point stratégique du pont de Neuilly — dans le troisième secteur
que nous citions — est tenu par le commissaire principal Pierre Mézière
qui dispose en tout et pour tout de... quelque 65 hommes. Les premiers
contrôles de manifestants, dont la plupart sont dirigés vers le commissariat de Puteaux, se déroulent sans grandes difficultés, mais tout change
vers 20 heures... Des bidonvilles de Colombes et Nanterre déferle un
flot de quelque 1 000 manifestants par toutes sortes de moyens de transport, autobus, voitures individuelles, camionnettes. Le face-à-face avec
les forces de l’ordre sur la contre-allée de l’avenue du Général-deGaulle, côté Puteaux-Courbevoie, est extrêmement violent, les hommes
de la 22e compagnie d’intervention barrant le passage à coups de « bidules », de longs gourdins utilisés dans certaines opérations de maintien
de l’ordre. « Sur les 50 bidules contenus dans deux sacs qu’avait à sa
disposition la section d’intervention et que j’ai fait distribuer, déclarera
le commissaire de Puteaux, trente ont été brisés... »
Puis, à un quart d’heure de distance, deux vagues de 2 000 et 4 000
manifestants, hommes, femmes, enfants mêlés, deux vagues soutenues
par le hurlement des youyous... Des coups de feu partent, tandis qu’un
reflux massif se produit en direction de la Défense.
Sur les sept morts FNA recensés par la préfecture de police
— archives du cabinet du préfet — pour les manifestations du 17 au
20 octobre (des chiffres officiels, mais bien entendu très loin de la
réalité), deux ont été relevés dans ce premier secteur :
Abdelkader deroues, retrouvé mort, tué par arme à feu, le 17 octobre vers
21 heures, avenue du Général-de-Gaulle à Puteaux, après le reflux de la
manifestation.
Lamara achemoune, retrouvé mort, le 17 octobre, vers 21 heures, dans une
camionnette stationnée avenue du Général-de-Gaulle à Puteaux, tué par balles.
D après le dossier d’enquête, l’autopsie a également constaté une
strangulation.
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