324
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
— « Sur les 47 policiers parisiens victimes d’attentats meurtriers de
1957 à 1961 », notent les auteurs d’un « Rapport sur les archives de la
Préfecture de police relatives à la manifestation organisée le 17 octobre
1961 », rapport remis à Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de
l’intérieur, le 6 janvier 1998, « 22 sont tombés au cours de cette dernière année (fonctionnaires de police et membres de la force auxiliaire
de police ou du service d’assistance technique). 14 de ces victimes
trouvent la mort entre août et le début d’octobre ».
— D’autres chiffres font ressortir le climat de violence de l’année
1961. Sur 474 dossiers d’enquête recensés dans les archives de la direction de la police judiciaire par la mission auteur du rapport à JeanPierre Chevènement, « 275 se rapportent à des victimes nord-africaines
— des Français musulmans d’Algérie dans leur grande majorité », et
« 79 se rapportent à des victimes appartenant aux forces de l’ordre —
policiers, gendarmes et aussi membres des forces de police auxiliaire
(FPA) »...
Sous un artifice de conseils fallacieux, afin de ne pas s’exposer au
rappel d’antécédents de sinistre mémoire, c’est un véritable couvre-feu
qui est imposé aux Nord-Africains :
• 5 octobre. Un ordre du jour signé du préfet de police et communiqué à la presse déconseille « de la façon la plus pressante » aux travailleurs d’origine algérienne de circuler la nuit dans les rues entre
20h30et5h30; recommande « très vivement » aux Français musulmans de circuler isolément, les petits groupes risquant de paraître suspects aux rondes et patrouilles de police ; annonce la fermeture à
19 heures des débits de boisson tenus et fréquentés par les FMA.
Nécessité du maintien de l’ordre — des dérogations sont prévues
pour les travailleurs musulmans pouvant justifier d’horaires hors des
normes fixées —, et volonté de satisfaire une « base » policière dont
les manifestations de mécontentement, pour l’instant discrètes,
commencent à s’accumuler, Maurice Papon prend et assume des
mesures qui le suivront comme la peste pendant des décennies. « Prend
et assume », pour le ministre de l’intérieur Roger Frey et le Premier
ministre Michel Debré dont bien entendu il a reçu l’aval, et qu’il a
régulièrement informés de l’état d’esprit de ses subordonnés.
Si une partie de la gauche — parti communiste, CGT, quelques socialistes — proteste, la plupart se voilent hypocritement la face. Car il faut
soit un certain courage, soit une certaine dose d’inconscience pour aller
à contre-courant de décisions que l’opinion ne saurait, dans sa grande
majorité, qu’approuver. Les premiers résultats apportent d’ailleurs de
l’eau au moulin du préfet de police. Le FLN — le fait sera reconnu
sans conteste — est considérablement handicapé dans ses mouvements
Précédent

- 317/420

Suivant