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Le livre noir de la guerre d’Algérie
• Le 8 septembre, quatre jours avant l’interrogatoire de Maurice Gingembre, le général et Mme de Gaulle avaient échappé à un attentat.
La DS du président de la République et son escorte — quatre voitures
suiveuses avec le médecin qui accompagne le Général dans ses déplacements et qui dispose de tous les moyens d’intervention d’urgence, l’aide
de camp, les policiers de la Sécurité — filent à vive allure en direction
de Colombey-les-Deux-Églises sur la Nationale 19... Le cortège officiel
vient de traverser le village du Crancey, entre Nogent et Romilly-surSeine, dans l’Aube, et s’engage dans une ligne droite lorsqu’une explosion libère sur son passage un jaillissement de flammes et une pluie de
graviers. Le chauffeur du Général, réalisant la menace, accélère et permet à la DS, suivie des autres véhicules, de passer sans dommage. Le
général de Gaulle quitte alors sa voiture, s’enquiert des membres de sa
suite et observe avec flegme : « Quels maladroits ! »
Puis on reprend la route de Colombey...
Bien sûr, l’événement est accueilli avec beaucoup d’émotion. Les
responsables sont tout désignés, on pense immédiatement à l’OAS, mais
l’enquête se dirige à l’origine vers une autre piste, après l’arrestation
dans des conditions bizarres d’un des auteurs présumés de l’attentat. Il
s’appelle Martial de Villemandy et n’a rien trouvé de mieux que de
revenir sur les lieux constater les effets de l’explosion. Sa voiture s’est
embourbée... Immobilisé, il devient alors pour les gendarmes qui ont
commencé leurs recherches sur le terrain le suspect inespéré. Il est
arrêté, le premier parmi les autres membres du commando. Interrogés,
avant d’être condamnés, ces derniers, comme Villemandy, nieront
appartenir à l’OAS — qui confirmera leurs déclarations, tout en niant
sa responsabilité dans l’attentat. Selon l’organisation, l’affaire avait été
montée de toutes pièces par le pouvoir — le ministre de l’intérieur
Roger Frey en particulier — qui avait manipulé les comploteurs dans
l’intention de compromettre un peu plus ses dirigeants.
Une part de doute subsistera pendant longtemps sur les responsabilités effectives dans l’attentat du 8 septembre. Mais la vérité que Maurice Gingembre avait laissé entrevoir au cours de son interrogatoire
— celui-ci sera condamné à cinq ans de réclusion par la Cour de sûreté
de l’Etat — finira par apparaître. Dans une note qu’il avait adressée le
3 septembre au général Gardy et au colonel Gardes, le colonel Godard
fixait comme une priorité d’organiser contre le chef de l’État un attentat
dont l’exécution fût confiée à l’OAS-métropole aux ordres du capitaine
Sergent. Souvenons-nous de cette phrase de Maurice Gingembre :
<< Pour Alger, je ne puis exprimer que le point de vue de Godard [...] :
“Créer la vacance du pouvoir en métropole, quel que soit le moyen, et
simultanément un putsch en Algérie...” »
Le livre noir de la guerre d’Algérie
• Le 8 septembre, quatre jours avant l’interrogatoire de Maurice Gingembre, le général et Mme de Gaulle avaient échappé à un attentat.
La DS du président de la République et son escorte — quatre voitures
suiveuses avec le médecin qui accompagne le Général dans ses déplacements et qui dispose de tous les moyens d’intervention d’urgence, l’aide
de camp, les policiers de la Sécurité — filent à vive allure en direction
de Colombey-les-Deux-Églises sur la Nationale 19... Le cortège officiel
vient de traverser le village du Crancey, entre Nogent et Romilly-surSeine, dans l’Aube, et s’engage dans une ligne droite lorsqu’une explosion libère sur son passage un jaillissement de flammes et une pluie de
graviers. Le chauffeur du Général, réalisant la menace, accélère et permet à la DS, suivie des autres véhicules, de passer sans dommage. Le
général de Gaulle quitte alors sa voiture, s’enquiert des membres de sa
suite et observe avec flegme : « Quels maladroits ! »
Puis on reprend la route de Colombey...
Bien sûr, l’événement est accueilli avec beaucoup d’émotion. Les
responsables sont tout désignés, on pense immédiatement à l’OAS, mais
l’enquête se dirige à l’origine vers une autre piste, après l’arrestation
dans des conditions bizarres d’un des auteurs présumés de l’attentat. Il
s’appelle Martial de Villemandy et n’a rien trouvé de mieux que de
revenir sur les lieux constater les effets de l’explosion. Sa voiture s’est
embourbée... Immobilisé, il devient alors pour les gendarmes qui ont
commencé leurs recherches sur le terrain le suspect inespéré. Il est
arrêté, le premier parmi les autres membres du commando. Interrogés,
avant d’être condamnés, ces derniers, comme Villemandy, nieront
appartenir à l’OAS — qui confirmera leurs déclarations, tout en niant
sa responsabilité dans l’attentat. Selon l’organisation, l’affaire avait été
montée de toutes pièces par le pouvoir — le ministre de l’intérieur
Roger Frey en particulier — qui avait manipulé les comploteurs dans
l’intention de compromettre un peu plus ses dirigeants.
Une part de doute subsistera pendant longtemps sur les responsabilités effectives dans l’attentat du 8 septembre. Mais la vérité que Maurice Gingembre avait laissé entrevoir au cours de son interrogatoire
— celui-ci sera condamné à cinq ans de réclusion par la Cour de sûreté
de l’Etat — finira par apparaître. Dans une note qu’il avait adressée le
3 septembre au général Gardy et au colonel Gardes, le colonel Godard
fixait comme une priorité d’organiser contre le chef de l’État un attentat
dont l’exécution fût confiée à l’OAS-métropole aux ordres du capitaine
Sergent. Souvenons-nous de cette phrase de Maurice Gingembre :
<< Pour Alger, je ne puis exprimer que le point de vue de Godard [...] :
“Créer la vacance du pouvoir en métropole, quel que soit le moyen, et
simultanément un putsch en Algérie...” »
