316
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
existence. Ici, çà et là, on sent chez les sympathisants, pourtant, un découragement, résigné ou désespéré. Le pouvoir cherchera certainement à aggraver et
exploiter cet état d’esprit.
La situation, je le répète, est ce qu’elle est, et nos moyens sont ce qu’ils
sont, pour l’instant, et il faut regarder les choses en face.
Mais dans ces conditions je me demande avec angoisse, et le mot n’est pas
trop fort, comment nous comptons nous opposer efficacement à l’abandon que
prépare le pouvoir, qu’il amorce déjà.
Je demande que ce problème, qui est notre problème capital, le seul qui
importe vraiment en définitive, soit examiné avec réalisme lors de notre prochaine réunion. Que soit enfin fixée notre ligne de conduite : quelle action et
sous quelle forme, et dans quel but nous pourrons — ou ne pourrons pas —
engager en face des mesures successives conduisant à l’abandon, qui seront
prises par le pouvoir, n’en doutons pas, dans les temps prochains.
Le général Gardy lui-même va s’efforcer de combler une lacune.
Offensive psychologique et coup spectaculaire... Il s’agit de montrer sa
force et de galvaniser une population européenne d’Algérie effectivement de plus en plus inquiète de son avenir, de l’entraîner vers des
solutions radicales, en tout cas susceptible de les approuver et de les
couvrir. Un résultat qui sera aisément atteint. Ce 5 août 1961, l’OAS
réalise sa première émission pirate sur l’antenne de Radio Alger27 :
Ici, Radio Algérie française... L’OAS a décidé d’interrompre aujourd’hui
l’émission de la radio gaulliste. Délégué par le général d’armée Salan, le général Gardy, inspecteur général de la Légion étrangère, vous parle :
Français, Européens et Musulmans !
Au lieu de la voix dérisoire et mensongère des valets du Régime, vous
entendez la voix de la vérité, la parole française de ceux qui luttent pour
maintenir la communauté nationale sur les deux rives de la Méditerranée et
pour reconstruire la France sur les ruines accumulées par la dictature gaulliste.
Dans l’OAS se rassemblent toutes les forces civiles et militaires, les élites
comme les classes populaires, farouchement résolues à résister à l’abandon.
Aujourd’hui, parmi les chefs de l’OAS, c’est un militaire qui vous parle. Mes
camarades et moi, au coude à coude avec des civils de toute origine et tous
les milieux, nous avons tout sacrifié : famille, sécurité, intérêts privés, pour
nous vouer sans retour à la cause de l’Algérie française. Nous sommes paraîtil des fumistes, selon M. de Gaulle. Nous sommes certes des proscrits, des
condamnés à mort. Peu nous importe. L’échec d’avril ne nous a pas abattus,
ni découragés. Notre résolution, notre foi demeurent intactes.
Je m’adresse d’abord à mes camarades de tous grades restés dans les rangs
de l’Armée, de cette Armée déchirée, décomposée par le Régime, condamnée
la rage au cœur à remplir un rôle contraire à sa mission essentielle et à l’honneur militaire.
Le président du soi-disant Haut Tribunal a déclaré lors du procès d’un des
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
existence. Ici, çà et là, on sent chez les sympathisants, pourtant, un découragement, résigné ou désespéré. Le pouvoir cherchera certainement à aggraver et
exploiter cet état d’esprit.
La situation, je le répète, est ce qu’elle est, et nos moyens sont ce qu’ils
sont, pour l’instant, et il faut regarder les choses en face.
Mais dans ces conditions je me demande avec angoisse, et le mot n’est pas
trop fort, comment nous comptons nous opposer efficacement à l’abandon que
prépare le pouvoir, qu’il amorce déjà.
Je demande que ce problème, qui est notre problème capital, le seul qui
importe vraiment en définitive, soit examiné avec réalisme lors de notre prochaine réunion. Que soit enfin fixée notre ligne de conduite : quelle action et
sous quelle forme, et dans quel but nous pourrons — ou ne pourrons pas —
engager en face des mesures successives conduisant à l’abandon, qui seront
prises par le pouvoir, n’en doutons pas, dans les temps prochains.
Le général Gardy lui-même va s’efforcer de combler une lacune.
Offensive psychologique et coup spectaculaire... Il s’agit de montrer sa
force et de galvaniser une population européenne d’Algérie effectivement de plus en plus inquiète de son avenir, de l’entraîner vers des
solutions radicales, en tout cas susceptible de les approuver et de les
couvrir. Un résultat qui sera aisément atteint. Ce 5 août 1961, l’OAS
réalise sa première émission pirate sur l’antenne de Radio Alger27 :
Ici, Radio Algérie française... L’OAS a décidé d’interrompre aujourd’hui
l’émission de la radio gaulliste. Délégué par le général d’armée Salan, le général Gardy, inspecteur général de la Légion étrangère, vous parle :
Français, Européens et Musulmans !
Au lieu de la voix dérisoire et mensongère des valets du Régime, vous
entendez la voix de la vérité, la parole française de ceux qui luttent pour
maintenir la communauté nationale sur les deux rives de la Méditerranée et
pour reconstruire la France sur les ruines accumulées par la dictature gaulliste.
Dans l’OAS se rassemblent toutes les forces civiles et militaires, les élites
comme les classes populaires, farouchement résolues à résister à l’abandon.
Aujourd’hui, parmi les chefs de l’OAS, c’est un militaire qui vous parle. Mes
camarades et moi, au coude à coude avec des civils de toute origine et tous
les milieux, nous avons tout sacrifié : famille, sécurité, intérêts privés, pour
nous vouer sans retour à la cause de l’Algérie française. Nous sommes paraîtil des fumistes, selon M. de Gaulle. Nous sommes certes des proscrits, des
condamnés à mort. Peu nous importe. L’échec d’avril ne nous a pas abattus,
ni découragés. Notre résolution, notre foi demeurent intactes.
Je m’adresse d’abord à mes camarades de tous grades restés dans les rangs
de l’Armée, de cette Armée déchirée, décomposée par le Régime, condamnée
la rage au cœur à remplir un rôle contraire à sa mission essentielle et à l’honneur militaire.
Le président du soi-disant Haut Tribunal a déclaré lors du procès d’un des
