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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
nommé ministre de l’intérieur, d’envoyer en Algérie le ministre Louis
Joxe, investi des pouvoirs du président de la République, et le général Olié, chef d’état-major de la Défense nationale avec le titre de
commandant en chef en Algérie, en remplacement du général Gambiez
qui est retenu prisonnier par les officiers rebelles.
La première étape des représentants du chef de l’État et du gouvernement, qui voyagent en toute clandestinité dans un avion spécialement
affrété et selon un itinéraire détourné, est consacré à un entretien avec
les généraux de Pouilly et Perrotat qui contrôlent l’Oranie. Ils gagnent
ensuite la base de Télergma où ils rencontrent le général Ailleret, qui
commande à Bône, et le général Fourquet, commandant le groupe
d’aviation tactique. L’objectif est de convaincre le général Gouraud de
revenir sur sa décision. Ce à quoi s’emploient Joxe, Olié et Ailleret,
avec succès — mais pas pour longtemps...
Ce 22 avril, à 17 heures, le Conseil des ministres décrète l’état d’urgence qui entrera en vigueur le lendemain à 0 heure.
Nouvelle volte-face du général Gouraud qui, le 23 avril, en début
d’après-midi, fait savoir qu’il « se place avec toutes ses unités aux
ordres du général Challe, commandant en chef interarmées en Algérie ». Mais le premier événement du jour c’est, bien entendu, dans la
soirée, l’allocution radiodiffusée du général de Gaulle :
Un pouvoir insurrectionnel s’est établi en Algérie par un pronunciamiento
militaire, constate en exorde le chef de l’État. Les coupables de l’usurpation
ont exploité la passion des cadres de certaines unités spécialisées, l’adhésion
enflammée d’une partie de la population de souche européenne qu’égarent
les craintes et les mythes, l’impuissance des responsables submergés par la
conjuration militaire. Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux
en retraite. Il a une réalité : un groupe d’officiers partisans, ambitieux et fanatiques. Ce groupe et ce quarteron possèdent un savoir-faire expéditif et limité.
Mais ils ne voient et comprennent la nation et le monde que déformés à travers
leur frénésie. Leur entreprise conduit tout droit à un désastre national [...]. Et
voici l’État bafoué, la nation défiée, notre puissance ébranlée, notre prestige
international abaissé, notre place et notre rôle en Afrique compromis. Et par
qui ? Hélas ! hélas ! par des hommes dont c’était le devoir, l’honneur, la raison
d’être de servir et d’obéir. Au nom de la France, j’ordonne que tous les
moyens, je dis tous les moyens, soient employés pour barrer partout la route
à ces hommes-là, en attendant de les réduire. J’interdis à tout Français, et
d abord à tout soldat, d’exécuter aucun de leurs ordres. [...] L’avenir des usurpateurs ne doit être que celui que leur destine la rigueur des lois [...] Par là
même, je m affirme, pour aujourd’hui et pour demain, en la légitimité française et républicaine que la nation m’a conférée, que je maintiendrai, quoi
qu il arrive, jusqu au terme de mon mandat, ou jusqu’à ce me manquent, soit
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