Les fausses espérances et le chaos
289
Il apparaît, d’après l’ensemble des renseignements recueillis, que si le prétexte des manifestations musulmanes est la manifestation des FSE (le tract
anonyme répandu le vendredi 9 décembre dans la soirée et qui demandait de
descendre dans la rue en armes a inquiété les FSNA), il y a eu tout de même
un mot d’ordre général du FLN tendant à l’extériorisation du sentiment nationaliste algérien, au moment même où l’ONU était en session.
Toutefois, à oran, ajoute le colonel petit, aucun renseignement précis ne
permet actuellement d’avancer que des meneurs étrangers à la ville s’y soient
infiltrés pour y jouer un rôle actif. Sur 1 200 contrôles aux fichiers du Secteur,
aucun individu n’était recherché comme appartenant à une organisation...
Alors, le rôle du FLN dans tout cela ?
On dispose d’informations sur la composition de la foule musulmane
qui descendit dans la rue, rien moins que 15 à 18 000 manifestants :
La presque totalité était composée de jeunes gens de moins de 25 ans. On
évalue de 5 à 10 pour cent à peine le nombre de personnes plus âgées, et dans
ce pourcentage surtout des musulmanes qui, dans l’ensemble, représentaient
30 pour cent du total.
La classe aisée ne s’est pas fait remarquer. Les écoliers et les jeunes journaliers (manœuvres, ouvriers) composaient le gros des manifestants.
La masse de la population FSNA, soit les 9/10e, n’a pas manifesté. Tout en
marquant sa sympathie lors du passage des cortèges, elle est demeurée dans
une prudente réserve, dont la crainte n’est pas exclue.
[...] Les femmes musulmanes ont été un élément virulent d’excitation [le
fait avait déjà été observé dans les manifestations populaires au Maroc...},
quel que soit leur âge, et se sont fait remarquer comme meneuses enragées en
tête de nombreux cortèges.
Ailleurs que dans l’Oranie, le terrorisme n’avait pas désarmé pendant
cette année 60... Exécutions sommaires individuelles ou collectives, le
FLN et l’ALN avaient frappé sans relâche Français de souche européenne qui avaient tort de l’être, et Français de souche nord-africaine,
musulmans suspects ou coupables de collaboration avec l’« ennemi ».
Quatre-vingt-huit des premiers et 608 des seconds avaient été assassinés
pendant les cinq premiers mois de l’année.
L’ALN avait notamment concentré ses actions sur la période estivale
et sur les plages.
Dans une note de service du 13 juillet 1960, le commandant
Lavergne, commandant le secteur de Blida, mettait en garde ses subordonnés sur les risques d’attentats sur les plages après celui du 10 juillet :
Le dimanche 10 juillet 1960, rappelait-il, deux obus piégés ont explosé sur
une plage de castiglione [d l’ouest d’ Alger]. Ces engins avaient, vraisemblablement, été déposés la nuit précédente par une équipe de rebelles.
Précédent

- 282/420

Suivant