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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Pendant que le général de Gaulle regagne Paris dans sa Caravelle,
plusieurs officiers supérieurs réunis à l’initiative des dirigeants du FAF
— le général Jouhaud, le colonel Masselot, commandant le 18e RCP
qui avait été rappelé en urgence dans la nuit du 10 au 11 décembre, le
capitaine Sergent — conviennent qu’une action contre le régime pour
le maintien de l’Algérie française, dont le principe a été retenu, serait
pour l’heure prématurée. Les conditions de réussite sont encore loin
d’être remplies ; on se reverra...
La dissolution du FAF et la révocation de quarante fonctionnaires
qui avaient suivi les consignes de grève à Alger apportent assurément
la preuve que le pouvoir est prêt à réagir, mais l’action séditieuse d’éléments de l’armée semble encore lui échapper. Les informations contenues dans un des rapports secrets qui lui parviennent sur les événements
du 9 au 13 décembre et signalant la présence d’officiers supérieurs à la
manifestation européenne du 11 à Oran, les tracts très clairs répandus
par le FAF sont autant de signes d’alerte.
L’origine des manifestations musulmanes de décembre 1960 pose
d’autre part une énigme, la version conforme à la simple logique n’y
voyant qu’une initiative du FLN. Yves Courrière a le premier ébranlé
cette certitude en recueillant des informations qui mettent en cause des
agents d’une Section administrative urbaine d’Alger, l’équivalent des
SAS dans les villes. Selon cette hypothèse, le mouvement aurait été
déclenché par un officier de la SAU de Belcourt pour revaloriser l’influence de la population musulmane face aux Européens et souligner
son adhésion à la politique du général de Gaulle. Les slogans repris par
les groupes de Diar-el-Mahçoul ou de Diar es Saada en faveur du chef
de l’État, dans les premiers temps de la manifestation, les « Yahia de
Gaulle ! » scandés et mêlés aux « Algérie algérienne ! » sont en effet
troublants, et d’ailleurs remplacés au fur et à mesure du déroulement
de la démonstration populaire par des « Yahia FLN ! » et des « Yahia
Ferhat Abbas ! » de plus en plus tonitruants... Un revirement qui s’expliquerait par la récupération du mouvement par les nationalistes.
La concomitance entre les manifestations musulmanes d’Alger et
d’Oran laisse à supposer l’existence d’un chef d’orchestre commun. Or,
que dit le compte rendu du colonel Petit, commandant le secteur
d’Oran, sur les événements « du 9 au 14 décembre » ? Que « les manifestations FSNA se sont déclenchées brutalement et ont immédiatement
pris de l’ampleur. On peut évaluer entre 15 et 18 000 le nombre total,
hommes et femmes, qui y ont participé' ».
Et l’explication :
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