Les fausses espérances et le chaos
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Oranais, votre sort et celui de vos enfants, celui de la France se joue en ce
moment. Un gouvernement de l’Algérie française soutenu par des chefs militaires prestigieux attend que vous lui donniez la possibilité d’agir. Il n’interviendra, il ne peut intervenir que si la confusion est totale, le désordre complet,
en un mot que si l’ignoble de gaulle est vomi par toute l’Algérie. Cela dépend
de vous. À aucun moment vous ne devez rester immobiles comme au 24 janvier (le premier jour du soulèvement des barricades). Sabotez par tous les
moyens !
Dans l’après-midi, l’agitation gagne les Planteurs, dans le 1er arrondissement. Quelque 2 000 musulmans, plus nombreux et plus excités
que la veille, défilent en Ville nouvelle. Les femmes mènent le défilé,
plus exaltées encore que les hommes, dansant et «hurlant des
youyous ». Tous essayent de pénétrer en ville européenne, mais les
forces de l’ordre, qu’ils provoquent en les insultant, les arrêtent dans
leur avance, emploient les gaz lacrymogènes... et tirent. Des corps s’effondrent dans la foule.
Au même moment, 2 à 3 000 Européens se rassemblent de nouveau
dans le centre de la ville. Vers 17 heures, place des Victoires, trois
meneurs haranguent la foule : « Restez sur place, demandent-ils, le
général Salan est à nos côtés et va venir nous aider ! D’importantes
décisions sont attendues dans les vingt-quatre heures... »
Couvre-feu à 21 heures... Tout rentre dans l’ordre. Mais au prix de
18 morts, de 100 blessés, et d’autant d’arrestations qui ont concerné les
deux communautés. Oran, au reste, n’est pas au bout de ses peines et
de ses drames.
Le lundi 12 décembre, les musulmans portent en terre, en un long
cortège, les morts de la veille. Des incidents éclatent avec des Européens ; la foule s’en prend à plusieurs établissements industriels.
Le lendemain 13 décembre, si la situation redevient à peu près normale à Alger et à Oran, c’est à Bône que de violents incidents se produisent. Pour apparemment éviter de dangereux affrontements entre
Européens et musulmans, les forces chargées du maintien de Tordre
font usage de leurs armes. Huit morts, 33 blessés supplémentaires.
Les manifestations violentes de foules, phénomène nouveau depuis
l’origine de la guerre d’Algérie, sont décidément lourdes de sacrifices
en vies humaines en ce mois de décembre 1960. Aux victimes des
combats et du terrorisme s’ajoutent celles des heurts dans les rues des
plus grands centres urbains. En quelques jours, ils ont fait près de
150 morts, en très grande majorité musulmans. A Alger, nombre d entre
eux auront été, selon les autopsies, tués par des balles de 7,65, un
calibre que les forces de l’ordre n’utilisent pas.
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