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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Quoi qu’il en soit, la teneur de ce télégramme, et principalement
l’importance des renforts, disent suffisamment l’ampleur des
émeutes14 :
Tôt, dans la matinée du 8, une foule de musulmans se rassemble aux
abords de la mosquée de Sétif (département de Constantine, où sont
d’ailleurs enregistrés les manifestations les plus importantes et les incidents les plus graves). Au commissaire de police, Lucien Olivier, qui
est venu en observateur, les manifestants déclarent qu’ils souhaitent
défiler jusqu’au monument aux morts pour rendre hommage à ceux qui
ont donné leur vie pendant la Seconde Guerre mondiale. Le chef de la
troupe scoute musulmane de la ville, « Kechafat El Hayat », se rend à
la sous-préfecture et obtient l’autorisation pour lui et sa troupe, mais
pour eux seuls, de gagner le monument aux morts.
C’est en fait un cortège de quelque huit mille personnes qui
s’ébranle, derrière les scouts, drapeaux au vent. Des milliers de manifestants brandissent des pancartes, demandent la libération de Messali
Hadj et l’indépendance. Au moment où le cortège aborde le café de
France, le commissaire Lucien Olivier, exécutant les ordres qu’il a
reçus, somme les manifestants d’enlever pancartes et banderoles. On
lui oppose un refus. Ses hommes interviennent alors, une bagarre éclate,
des coups de feu partent. Le cortège part en débandade, mais les manifestants se répandent dans la ville en massacrant à coups de feu, de
couteau ou de bâton les Européens qu’ils trouvent sur leur passage dans
les rues ou à la terrasse des cafés. M. Deluca, président de la Délégation
spéciale, membre du parti socialiste et très estimé de l’ensemble de la
population, est abattu rue Sillègue, et l’on signale des assassinats au
marché arabe. M. Albert Denier, contrôleur des PTT et président de la
section locale du parti communiste, a les poignets sectionnés par des
émeutiers.
L’ordre est rétabli vers 11 heures, mais on relève morts et blessés :
21 morts chez les Européens, entre 20 et 40 chez les musulmans.
L’agitation gagne la région de Sétif dans l’après-midi et la soirée.
Les événements prennent dans plusieurs cas une tournure très grave15.
À el-ouricia 12 km Nord de Sétif, à 14 heures 30, l’abbé navaro, aumônier
militaire de la prison de Sétif, est abattu alors qu’il traverse le village.
Sur la route de Sétif à kerrata, à 30 km de Sétif, un car de voyageurs est
attaqué : un israélite et deux indigènes sont blessés.
Au village des amouchas, situé à 22 km au Nord de Sétif, sur la route de
Sétif-Cap Aokas, les maisons européennes sont pillées par les émeutiers. La
population européenne de ce centre (15 personnes) est évacuée sur Sétif.
A aïn-magranem, 1 Administrateur de la Commune mixte de Périgotville,
m. rousseau, et son adjoint, m. bancel, tentant de faire démolir une barricade,
sont assaillis et tués.
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