Les années perdues
33
La sécheresse inquiète sérieusement les agriculteurs. Les sauterelles ont
causé des dégâts dans certaines régions. La lutte anti-acridienne est entreprise.
La rareté des pâturages compromet l’état du cheptel.
Les céréales sont vendues au marché noir à des prix très élevés : le blé
atteint 10 000 F le quintal et plus.
La main-d’œuvre reste suffisante mais devient de plus en plus exigeante * .
* « Main-d’œuvre suffisante mais de plus en plus exigeante » ? Suffisante, assurément, dans la
mesure où la mécanisation de l’agriculture a accéléré la disponibilité de la main-d’œuvre. « Si l’exploitation d’environ 400 000 hectares de vignobles nécessitait encore 500 000 ouvriers en 1938, elle n’en
nécessitait plus que 170 000 en 1952 », précise Hartmut Elsenhans13.
« De plus en plus exigeante ? » Selon la même source, 600 000 familles de travailleurs agricoles
vivaient, à la veille de l’insurrection de 1954, « avec un revenu inférieur au minimum vital absolu ».
** Dans le Gouvernement provisoire qui a succédé au CFLN en juin 1944.
Le 1er mai, des manifestations de rue se déroulent dans plusieurs
villes d’Algérie, à Oran, Tébessa, Sétif et Alger. En dehors des slogans
antifrançais, les manifestants demandent la « reconnaissance de la
nationalité algérienne», l’« indépendance », la libération de Messali
Hadj qui, le 21 avril, a été transféré de Reibell-Chellala à El-Goléa.
Plusieurs militants du PPA sont tués à Alger au cours d’affrontements
avec la police.
Le 8 et les jours suivants, c’est l’explosion dans les régions de Sétif,
de Bône et de Guelma...
Le général Henry Martin, commandant le 19e corps d’armée, rend
compte de l’événement dans un télégramme dont le premier destinataire
est le ministre de la Guerre André Diethelm **12 :
Primo — Certains agitateurs ont comme prévu profité des manifestations
en honneur victoire pour essayer créer désordres dans département Constantine. Deux foyers troubles Sétif et Oued Zenati (S.O. Guelma).
Secundo — A Sétif ce matin heurt entre manifestants musulmans et autorités civiles — Stop — Quelques victimes — Stop — Troupes réquisitionnées
après ces incidents ont montré le plus complet loyalisme et évité jusqu’ici
troubles.
Tertio — À Oued Zenati manifestations indigènes sans effusion de sang
— Stop — Ordre rétabli par police civile.
Quarto — Général commandant Division Constantine a envoyé renforts
Garde Républicaine avec blindés et unités sénégalaises sur Sétif.
Quinto — De mon côté d’accord avec Gouverneur général je dirige renforts
blindés sur Sétif— Stop — [Le télégramme s'achève par une phrase difficilement compréhensible d’où il semble qu’un bataillon marocain a été appelé en
renfort, venant de Guercif]
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La sécheresse inquiète sérieusement les agriculteurs. Les sauterelles ont
causé des dégâts dans certaines régions. La lutte anti-acridienne est entreprise.
La rareté des pâturages compromet l’état du cheptel.
Les céréales sont vendues au marché noir à des prix très élevés : le blé
atteint 10 000 F le quintal et plus.
La main-d’œuvre reste suffisante mais devient de plus en plus exigeante * .
* « Main-d’œuvre suffisante mais de plus en plus exigeante » ? Suffisante, assurément, dans la
mesure où la mécanisation de l’agriculture a accéléré la disponibilité de la main-d’œuvre. « Si l’exploitation d’environ 400 000 hectares de vignobles nécessitait encore 500 000 ouvriers en 1938, elle n’en
nécessitait plus que 170 000 en 1952 », précise Hartmut Elsenhans13.
« De plus en plus exigeante ? » Selon la même source, 600 000 familles de travailleurs agricoles
vivaient, à la veille de l’insurrection de 1954, « avec un revenu inférieur au minimum vital absolu ».
** Dans le Gouvernement provisoire qui a succédé au CFLN en juin 1944.
Le 1er mai, des manifestations de rue se déroulent dans plusieurs
villes d’Algérie, à Oran, Tébessa, Sétif et Alger. En dehors des slogans
antifrançais, les manifestants demandent la « reconnaissance de la
nationalité algérienne», l’« indépendance », la libération de Messali
Hadj qui, le 21 avril, a été transféré de Reibell-Chellala à El-Goléa.
Plusieurs militants du PPA sont tués à Alger au cours d’affrontements
avec la police.
Le 8 et les jours suivants, c’est l’explosion dans les régions de Sétif,
de Bône et de Guelma...
Le général Henry Martin, commandant le 19e corps d’armée, rend
compte de l’événement dans un télégramme dont le premier destinataire
est le ministre de la Guerre André Diethelm **12 :
Primo — Certains agitateurs ont comme prévu profité des manifestations
en honneur victoire pour essayer créer désordres dans département Constantine. Deux foyers troubles Sétif et Oued Zenati (S.O. Guelma).
Secundo — A Sétif ce matin heurt entre manifestants musulmans et autorités civiles — Stop — Quelques victimes — Stop — Troupes réquisitionnées
après ces incidents ont montré le plus complet loyalisme et évité jusqu’ici
troubles.
Tertio — À Oued Zenati manifestations indigènes sans effusion de sang
— Stop — Ordre rétabli par police civile.
Quarto — Général commandant Division Constantine a envoyé renforts
Garde Républicaine avec blindés et unités sénégalaises sur Sétif.
Quinto — De mon côté d’accord avec Gouverneur général je dirige renforts
blindés sur Sétif— Stop — [Le télégramme s'achève par une phrase difficilement compréhensible d’où il semble qu’un bataillon marocain a été appelé en
renfort, venant de Guercif]
