Les fausses espérances et le chaos
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des aspects les plus’ inquiétants est l’entrée en lice de foules musulmanes nombreuses et agressives.
En début de matinée, ce dimanche 11 décembre à Alger, des groupes
de musulmans qui avaient visiblement l’intention d’en découdre tombaient face à face, rue Julienne, à des Européens en nombre et armés,
le choc n’ayant été évité que grâce à l’intervention de la police. Mais
un peu plus tard dans la matinée, un cortège en provenance de Diar elMahçoul se dirige, drapeaux verts en tête, vers le quartier du Hamma,
et incendie au passage une station-service... Il est 13 heures lorsqu’une
foule de plusieurs milliers de manifestants musulmans tente de pénétrer
dans Belcourt, toutes banderoles déployées, et criant une série de slogans : « Vive l’Algérie libre ! Vive le FLN ! Yayia de Gaulle ! Lagaillarde au poteau ! » Deux Européens sont égorgés rue Franklin, tandis
que les passagers d’une voiture qui arborait le drapeau du FLN sont
sauvés du lynchage par des CRS qui les arrachent des mains des Européens. Dans Bab-el-Oued, c’est la terreur... Les rues ont été barrées par
les habitants. Même climat au Clos Salembier où des manifestants pillent les maisons que viennent de quitter leurs occupants, sous la protection des CRS. Sur la synagogue saccagée flotte le drapeau vert et blanc.
Jean Morin est arrivé à Alger après un voyage mouvementé dans un
hélicoptère chahuté par des bourrasques de pluie... Rencontre immédiate avec le général Crépin qui lui fait un tableau très alarmiste de la
situation et le met devant ses responsabilités : « M. le Délégué général,
il est près de 15 heures, nous n’avons presque plus de marge... Si je
vous ai convaincu, je vous demande de signer l’ordre d’ouvrir le feu
que j’ai préparé à votre intention... »
« Je signe, non sans émotion et avec gravité », écrira Jean Morin...
À 15 heures, l’armée ouvre le feu, place du Gouvernement, contre la
foule des émeutiers. Il y a déjà quinze morts... Les Européens tirent de
leur côté, et Jean Morin affirmera que, sur son intervention auprès du
général Crépin, les paras chargés de la répression seront retirés :
« Comme on pouvait le craindre, expliquera-t-il, l’affaire devient dramatique là où les paras sont au contact des musulmans ; se croyant dans
le djebel, ils tirent sans ménagement comme ils sont habitués à le faire
contre les fellaghas... »
L’ordre du repli est donné ; les gardes mobiles se substituent aux
parachutistes. Les manifestants se replient. Le couvre-feu est décrété à
20 heures à Alger. 20 heures, c’est aussi l’heure du bilan . 61 morts,
55 musulmans et 6 Européens... des centaines de blessés à Alger, rien
que pour la journée du 11 décembre.
À 21 heures, Jean Morin lance à la radio un appel au calme .
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