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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
n’échappe in extremis au même sort que grâce à l’intervention des
forces de l’ordre. Vers 16 heures, l’agitation en Ville nouvelle diminue
d’intensité, et le calme est revenu à la tombée de la nuit. Dans la périphérie de la Ville nouvelle et à Lamur, les manifestants ont surtout visé
aux mêmes heures les automobiles. Rencontrant vers 16 heures une
section de zouaves, ils se dispersent. La situation est redevenue normale
à 18 heures.
— Étape à Cherchell pour le général de Gaulle qui est accueilli par
les élèves de l’École d’infanterie — Cherchell est un nom qui restera
longtemps dans la mémoire de ceux qui, de la métropole, avaient rejoint
l’Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale —, mais une
information parvient au délégué du gouvernement Jean Morin qui ne
quitte pas le Général... Selon les Renseignements généraux et les services secrets israéliens qui ont prévenu leur ambassade à Paris, un attentat très dangereux contre le général de Gaulle est prévu à l’entrée
d’Orléansville. L’information sera largement confirmée, et, la machination déjouée, le cortège officiel empruntera un itinéraire différent. De
Gaulle et son escorte entrent dans la préfecture sous haute protection
et sous les clameurs hostiles de la foule européenne qui s’égosille à
conspuer le nom du Général. Fureur de celui-ci qui lance à Jean Morin :
« Puisque les militaires sont incapables de mettre un terme à ces manifestations, voulez-vous, M. le Délégué du gouvernement, vous en occuper vous-même ! »
Morin quitte la préfecture pour essayer de calmer la foule, mais les
huées et les interpellations redoublent et... changent de destinataire :
« Morin au poteau ! Morin démission ! » Jean Morin convoque alors le
colonel responsable du maintien de l’ordre et lui dit : « Que font vos
militaires ? Un peu de fermeté ; s’il vous plaît, je vous demande de
disperser cette manifestation... » Ce qui est fait...
Tizi-Ouzou, après Orléansville, ce 10 décembre au soir... Les mauvaises nouvelles de la journée atteignent la suite du Général. Le général Crépin, inquiet, décide de regagner Alger d’urgence. Le lendemain,
dimanche 11 décembre, et alors que de Gaulle achève son allocution à
la mairie, Jean Morin est appelé au téléphone par le général Crépin :
« La situation s’aggrave à Alger de minute en minute, apprend Jean
Morin. Les Européens sont de plus en plus nombreux à harceler les
forces de l’ordre. Les musulmans descendent en masse de la Casbah.
Tous les ingrédients sont réunis pour une déflagration majeure, et l’inquiétude de Crépin est si vive qu’il va falloir ouvrir le feu. Il souhaite
que j’en prenne moi-même la décision et insiste pour que je le rejoigne
à son PC du quartier Rignot. »
Le général Crépin n’a pas exagéré la gravité de la situation, et l’un
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
n’échappe in extremis au même sort que grâce à l’intervention des
forces de l’ordre. Vers 16 heures, l’agitation en Ville nouvelle diminue
d’intensité, et le calme est revenu à la tombée de la nuit. Dans la périphérie de la Ville nouvelle et à Lamur, les manifestants ont surtout visé
aux mêmes heures les automobiles. Rencontrant vers 16 heures une
section de zouaves, ils se dispersent. La situation est redevenue normale
à 18 heures.
— Étape à Cherchell pour le général de Gaulle qui est accueilli par
les élèves de l’École d’infanterie — Cherchell est un nom qui restera
longtemps dans la mémoire de ceux qui, de la métropole, avaient rejoint
l’Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale —, mais une
information parvient au délégué du gouvernement Jean Morin qui ne
quitte pas le Général... Selon les Renseignements généraux et les services secrets israéliens qui ont prévenu leur ambassade à Paris, un attentat très dangereux contre le général de Gaulle est prévu à l’entrée
d’Orléansville. L’information sera largement confirmée, et, la machination déjouée, le cortège officiel empruntera un itinéraire différent. De
Gaulle et son escorte entrent dans la préfecture sous haute protection
et sous les clameurs hostiles de la foule européenne qui s’égosille à
conspuer le nom du Général. Fureur de celui-ci qui lance à Jean Morin :
« Puisque les militaires sont incapables de mettre un terme à ces manifestations, voulez-vous, M. le Délégué du gouvernement, vous en occuper vous-même ! »
Morin quitte la préfecture pour essayer de calmer la foule, mais les
huées et les interpellations redoublent et... changent de destinataire :
« Morin au poteau ! Morin démission ! » Jean Morin convoque alors le
colonel responsable du maintien de l’ordre et lui dit : « Que font vos
militaires ? Un peu de fermeté ; s’il vous plaît, je vous demande de
disperser cette manifestation... » Ce qui est fait...
Tizi-Ouzou, après Orléansville, ce 10 décembre au soir... Les mauvaises nouvelles de la journée atteignent la suite du Général. Le général Crépin, inquiet, décide de regagner Alger d’urgence. Le lendemain,
dimanche 11 décembre, et alors que de Gaulle achève son allocution à
la mairie, Jean Morin est appelé au téléphone par le général Crépin :
« La situation s’aggrave à Alger de minute en minute, apprend Jean
Morin. Les Européens sont de plus en plus nombreux à harceler les
forces de l’ordre. Les musulmans descendent en masse de la Casbah.
Tous les ingrédients sont réunis pour une déflagration majeure, et l’inquiétude de Crépin est si vive qu’il va falloir ouvrir le feu. Il souhaite
que j’en prenne moi-même la décision et insiste pour que je le rejoigne
à son PC du quartier Rignot. »
Le général Crépin n’a pas exagéré la gravité de la situation, et l’un
