Les fausses espérances et le chaos
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il est conspué par la foule européenne et chaleureusement applaudi par
les musulmans. « Sachez préparer l’Algérie de demain ! » lance le général de Gaulle au cours d’une courte allocution scandée de vivats et de
huées. Mais c’est surtout aux officiers rassemblés pour sa venue qu’il
fait entendre son message. D’abord aux légionnaires du colonel Brothier — Sidi-bel-Abbès n’est pas loin —, puis à quelque deux cents
autres officiers qui l’écoutent, quelque temps plus tard, à Tlemcen, leur
rappeler leurs devoirs.
[...] L’armée est un corps national fait pour obéir à la France et à ceux qui
sont chargés de la conduire. Mais il y a une politique de la France et l’armée
doit être l’instrument de cette politique, dans la mesure où on l’en charge.
Encore une fois, c’est ce que vous avez fait, ce que vous faites, et ce que vous
continuerez de faire...
Pendant ce temps, ce que l’on redoutait s’est produit à Alger...
— Le 10 décembre, dans la matinée, au moment où le général de
Gaulle quitte Tlemcen pour Orléansville, des milliers d’Européens
chauffés par les militants du FAF déferlent vers le palais d’Été,
matraques ou toutes sortes d’armes de combat à la main. Mais les précautions ont été prises pour que ne se renouvelle pas un 13 mai en plus
violent... Les gardes mobiles sont massés, appuyés par des automitrailleuses et des chars. Les commandos du FAF se mesurent alors aux
forces de l’ordre, des bagarres éclatent un peu partout. Rue Michelet,
plusieurs voitures sont renversées et incendiées. L’armée est appelée en
renfort. Les manifestants finissent par lâcher prise, faute d’avoir atteint
leur objectif.
À Oran, ce samedi 10 décembre, ce sont les musulmans — les
« Français de souche nord-africaine » — qui font parler d’eux... Vers
midi, des manifestations sont signalées en Ville nouvelle ; elles débordent dans le quartier de Lamur, puis dans le quartier Victor-Hugo dans
le 6e arrondissement. De trois cents à quatre cents personnes, les
groupes contestataires, formés pour l’essentiel de jeunes gens et de
femmes plus âgées augmentent au fur et à mesure de leur progression,
arborant matraques, couteaux et haches. Leur nombre grossit rapidement pour atteindre les deux mille. De nombreux « drapeaux verts »,
selon l’expression du compte rendu de la Région territoriale et corps
d’armée d’Oran, improvisés à la hâte, avec des foulards et des morceaux de tissus, apparaissent au-dessus de la foule d où jaillissent des
slogans aussi divers que : « Espagnols à mort !
Du travail !
— L’Armée est notre protectrice ! — Algérie algérienne ! »
Les cinq magasins européens de la Ville nouvelle sont saccagés ou
incendiés, tandis que le dispensaire des Sœurs de la Préservation
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