280
Le livre noir de la guerre d’Algérie
Nationale 7 et interrompant la circulation. Il faudra l’intervention des
gendarmes et les efforts de persuasion des officiers pour que la plupart
des « mutins » se rendent à la raison. Un groupe de quelques dizaines
d’irréductibles tentera sans succès de résister, mais en insultant copieusement le colonel, chef de corps du 404e RAA. Au même moment,
certains de leurs camarades refusaient de gagner les wagons du convoi
d’embarquement, puis multipliaient les incidents tout au long du parcours, en tirant la sonnette d’alarme près d’un passage à niveau, en
descendant sur la voie, puis en renouvelant l’opération sous un tunnel.
Le convoi n’atteindra la gare maritime de Marseille que le 18 un peu
après minuit.
La contestation reprend après le rappel de disponibles de trois contingents sur un décret du gouvernement Guy Mollet en avril 1956 (cf. p. 76
et suiv.).
Des incidents, parfois très graves, quotidiens, émaillent le mois de
mai 1956. Des manifestations de rappelés sont signalés dans les camps
de Satory et de Villacoublay. Le 10, à Saint-Aignan-des-Noyers, dans
le Loir-et-Cher, des centaines de personnes qui accompagnaient un disponible à la gare se mesurent aux gendarmes : pierres contre gaz lacrymogènes. Le 17 mai, au Mans, au départ d’un convoi de rappelés,
briques contre gaz lacrymogènes des CRS, et cette fois il y a des blessés
(légers).
Le 18 mai, à Grenoble, des milliers de personnes se rassemblent à
18 heures, place de la Gare, à l’appel d’un comité de jeunes « pour la
solution pacifique des problèmes d’Afrique du Nord », appel relayé par
la CGT et la section locale du parti communiste — le PC est décidément en permanence sur la brèche. La manifestation tourne à l’émeute,
en actes de sabotage contre les aiguillages des voies de chemin de fer.
De violentes bagarres opposent les manifestants aux CRS qui utilisent
des grenades offensives ; l’une d’elles arrache le pied d’un Algérien.
On relève par ailleurs quatre-vingts blessés. Toujours dans l’Isère, le
20 avril, les protestataires avaient imaginé une autre forme d’opposition
à Voiron où, se détachant d’une foule de quelque deux mille personnes,
des femmes s’étaient couchées sur la voie pour empêcher un train d’appelés de partir ; le 2 mai, le même scénario s’était déroulé sur une plus
grande échelle à Beaurepaire, dans la Drôme.
Le 23 mai, c’est le tour d’Antibes, et le lendemain d’Amiens et du
Havre. Puis de Saint-Nazaire, le 28 mai. La manifestation de solidarité
avec une vingtaine de rappelés prend alors une ampleur exceptionnelle.
Six mille dockers et métallos forment un cortège à la tête duquel marchent les insoumis, puis se mesurent aux CRS qui les chargent... au
clairon. Le heurt est très violent, pierres, boulons d’un côté, grenades
Précédent

- 273/420

Suivant