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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Sahel. J’étais arrivé à Bordj le jeudi soir [la veille de l’inhumation de
Raymonde Peschard\ et j’ai été mis immédiatement en présence du
corps de la mystérieuse femme blonde. Je l’ai aussitôt reconnue. Raymonde Peschard avait été touchée d’une balle qui, ayant pénétré derrière la tête, était ressortie par la joue gauche. Peu après mon arrivée,
les techniciens de l’identité judiciaire procédaient à l’identification officielle avec comparaison des empreintes digitales, mensuration et témoignages. Le corps a également été photographié, et Danielle Mine
reconnut formellement sa camarade. »
Le colonel Marey rapporte ensuite dans quelles conditions, assez
extraordinaires, fut récupéré le cadavre de Raymonde Peschard ; une
course de vitesse s’était alors engagée entre les éléments de l’armée qui
en avaient été chargés et l’ALN. L’armée paya malheureusement très
cher cette initiative... qui peut paraître insolite :
Ce n’est que jeudi matin qu’un détachement fut envoyé sur les lieux du
combat pour récupérer le corps. Le terrain avait été abandonné par nos troupes
qui y avaient déjà passé une nuit. Mais cette nouvelle opération nous a coûté
deux spahis, car en arrivant sur un piton rocheux les militaires furent accueillis
par un feu nourri de hors-la-loi très bien retranchés, désireux sans doute de
récupérer le cadavre avant nous. Il fallut engager quatre compagnies pour
déloger les rebelles. Enfin, le corps fut exhumé et chargé sur une ambulance
qui, elle aussi, fut mitraillée sur le chemin du retour. Le véhicule porte d’ailleurs de nombreuses traces et de points d’impact.
Danielle Mine raconte alors devant les journalistes présents comment
elle fit connaissance, chez ses parents — elle a dix-huit ans mais en
paraît quinze —, de Raymonde Peschard, qu’elle la perdit de vue en
septembre 1956 :
Je suis au maquis depuis le 25 mars 1957, sur l’instigation de ma mère,
ajoute-t-elle, et je n’ai jamais eu à me plaindre. Certes, nous avions en Kabylie
une existence très dure. J’ai été mise plusieurs fois en contact avec des infirmières des combattants et j’ai même plusieurs fois essayé de soigner des
enfants, mais je ne savais pas...
Quarante-huit heures plus tard, le Dr Laliam et Nefissa Hamoud,
les deux autres rescapés de l’aventure, étaient transférés à Alger, pour
interrogatoire.
Quant aux appelés et aux rappelés qui manifestaient contre leur
incorporation, ils n’avaient pas attendu, non plus, 1960.
Les contestations ont commencé dès l’automne 1955 et les incidents
les plus spectaculaires de cette année, s’agissant d’actes d’insoumission,
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Sahel. J’étais arrivé à Bordj le jeudi soir [la veille de l’inhumation de
Raymonde Peschard\ et j’ai été mis immédiatement en présence du
corps de la mystérieuse femme blonde. Je l’ai aussitôt reconnue. Raymonde Peschard avait été touchée d’une balle qui, ayant pénétré derrière la tête, était ressortie par la joue gauche. Peu après mon arrivée,
les techniciens de l’identité judiciaire procédaient à l’identification officielle avec comparaison des empreintes digitales, mensuration et témoignages. Le corps a également été photographié, et Danielle Mine
reconnut formellement sa camarade. »
Le colonel Marey rapporte ensuite dans quelles conditions, assez
extraordinaires, fut récupéré le cadavre de Raymonde Peschard ; une
course de vitesse s’était alors engagée entre les éléments de l’armée qui
en avaient été chargés et l’ALN. L’armée paya malheureusement très
cher cette initiative... qui peut paraître insolite :
Ce n’est que jeudi matin qu’un détachement fut envoyé sur les lieux du
combat pour récupérer le corps. Le terrain avait été abandonné par nos troupes
qui y avaient déjà passé une nuit. Mais cette nouvelle opération nous a coûté
deux spahis, car en arrivant sur un piton rocheux les militaires furent accueillis
par un feu nourri de hors-la-loi très bien retranchés, désireux sans doute de
récupérer le cadavre avant nous. Il fallut engager quatre compagnies pour
déloger les rebelles. Enfin, le corps fut exhumé et chargé sur une ambulance
qui, elle aussi, fut mitraillée sur le chemin du retour. Le véhicule porte d’ailleurs de nombreuses traces et de points d’impact.
Danielle Mine raconte alors devant les journalistes présents comment
elle fit connaissance, chez ses parents — elle a dix-huit ans mais en
paraît quinze —, de Raymonde Peschard, qu’elle la perdit de vue en
septembre 1956 :
Je suis au maquis depuis le 25 mars 1957, sur l’instigation de ma mère,
ajoute-t-elle, et je n’ai jamais eu à me plaindre. Certes, nous avions en Kabylie
une existence très dure. J’ai été mise plusieurs fois en contact avec des infirmières des combattants et j’ai même plusieurs fois essayé de soigner des
enfants, mais je ne savais pas...
Quarante-huit heures plus tard, le Dr Laliam et Nefissa Hamoud,
les deux autres rescapés de l’aventure, étaient transférés à Alger, pour
interrogatoire.
Quant aux appelés et aux rappelés qui manifestaient contre leur
incorporation, ils n’avaient pas attendu, non plus, 1960.
Les contestations ont commencé dès l’automne 1955 et les incidents
les plus spectaculaires de cette année, s’agissant d’actes d’insoumission,
