Les fausses espérances et le chaos
2T1
Elle s’engage à fond, c’est une militante, sans peur, non sans courage,
quoi qu’on pense de ses choix, fidèle à la ligne définie par le Parti
communiste algérien comme son camarade Maillot. Elle est assistante
sociale et a certes connu la misère des bidonvilles et la pauvreté des
fellahs, mais elle voit plus loin, raisonne en termes d’exploitation colonialiste. Elle a disparu de son domicile en août 1956, et depuis on la
suspecte d’avoir participé à l’attentat du Milk-Bar, le 30 septembre
1956, à Alger. Une victime, grièvement blessée, affirme l’avoir reconnue, peu de temps avant l’explosion ; aussi un mandat d’amener a-t-il
été lancé contre elle pour tentative d’homicide et destruction d’édifices
par explosifs. Plus, sa trace est apparemment décelée dans l’attaque
meurtrière d’un car à Diar es Saada, le 12 novembre 1956. Le 29 juin
1957, le juge d’instruction délivre un non-lieu à son intention dans
l’affaire du Milk-Bar.
Certes, mais qu’est devenue Raymonde Peschard ? On répand que ce
non-lieu est une manœuvre grossière pour masquer la réalité, la mort
de la jeune femme sous la torture ; hypothèse non dénuée de crédibilité
dans le climat où baigne alors Alger. Le Monde, parmi d’autres, s’en
fait l’écho dans son numéro du 26 juillet 1956 : « Publiquement, officiellement, lit-on dans le journal d’Hubert Beuve-Méry, le commissaire
du gouvernement a fait état du non-lieu dont bénéficie Raymonde
Peschard. Tout porte à croire, malheureusement, qu’il est trop tard pour
qu’elle en bénéficie... » Traduire : il est à craindre que les parachutistes
soient passés par là, et que la militante du Parti communiste algérien
n’ait pas résisté à un interrogatoire dans des formes qui sont maintenant
connues.
Raymonde Peschard n’est pas morte pour avoir refusé d’avouer...
Son cadavre est découvert, le 26 novembre 1957, au nord-ouest de
Medjana, dans le Hodna, au milieu d’un groupe de l’ALN qui venait
de se rendre après un engagement. Elle portait sur elle un laissez-passer
daté du 25 octobre et signé d’Amirouche. Celui-ci demandait aux « responsables de l’ALN » de « lui faciliter le parcours (de la wilaya 3 vers
la Tunisie) en lui fournissant l’escorte et les liaisons dont elle aura
besoin ». Elle avait retrouvé dans le maquis, quelques jours avant sa
mort, le 20 novembre, son amie Danielle Mine qui était également
recherchée pour avoir posé des bombes pendant la « bataille d’Alger »
et avait fait comme elle la une des quotidiens d’Alger. Danielle Mine
eut plus de chance que Raymonde Peschard et trois de leurs camarades
qui furent tués pendant le combat.
« Le cadavre de Raymonde Peschard a été inhumé au cimetière de
Bordj Bou-Arreridj, déclare le 30 novembre au cours d une conférence
de presse — car la mort de la célèbre rebelle « vaut » bien cela , le
lieutenant-colonel Marey, adjoint au commandant du secteur Alger-
2T1
Elle s’engage à fond, c’est une militante, sans peur, non sans courage,
quoi qu’on pense de ses choix, fidèle à la ligne définie par le Parti
communiste algérien comme son camarade Maillot. Elle est assistante
sociale et a certes connu la misère des bidonvilles et la pauvreté des
fellahs, mais elle voit plus loin, raisonne en termes d’exploitation colonialiste. Elle a disparu de son domicile en août 1956, et depuis on la
suspecte d’avoir participé à l’attentat du Milk-Bar, le 30 septembre
1956, à Alger. Une victime, grièvement blessée, affirme l’avoir reconnue, peu de temps avant l’explosion ; aussi un mandat d’amener a-t-il
été lancé contre elle pour tentative d’homicide et destruction d’édifices
par explosifs. Plus, sa trace est apparemment décelée dans l’attaque
meurtrière d’un car à Diar es Saada, le 12 novembre 1956. Le 29 juin
1957, le juge d’instruction délivre un non-lieu à son intention dans
l’affaire du Milk-Bar.
Certes, mais qu’est devenue Raymonde Peschard ? On répand que ce
non-lieu est une manœuvre grossière pour masquer la réalité, la mort
de la jeune femme sous la torture ; hypothèse non dénuée de crédibilité
dans le climat où baigne alors Alger. Le Monde, parmi d’autres, s’en
fait l’écho dans son numéro du 26 juillet 1956 : « Publiquement, officiellement, lit-on dans le journal d’Hubert Beuve-Méry, le commissaire
du gouvernement a fait état du non-lieu dont bénéficie Raymonde
Peschard. Tout porte à croire, malheureusement, qu’il est trop tard pour
qu’elle en bénéficie... » Traduire : il est à craindre que les parachutistes
soient passés par là, et que la militante du Parti communiste algérien
n’ait pas résisté à un interrogatoire dans des formes qui sont maintenant
connues.
Raymonde Peschard n’est pas morte pour avoir refusé d’avouer...
Son cadavre est découvert, le 26 novembre 1957, au nord-ouest de
Medjana, dans le Hodna, au milieu d’un groupe de l’ALN qui venait
de se rendre après un engagement. Elle portait sur elle un laissez-passer
daté du 25 octobre et signé d’Amirouche. Celui-ci demandait aux « responsables de l’ALN » de « lui faciliter le parcours (de la wilaya 3 vers
la Tunisie) en lui fournissant l’escorte et les liaisons dont elle aura
besoin ». Elle avait retrouvé dans le maquis, quelques jours avant sa
mort, le 20 novembre, son amie Danielle Mine qui était également
recherchée pour avoir posé des bombes pendant la « bataille d’Alger »
et avait fait comme elle la une des quotidiens d’Alger. Danielle Mine
eut plus de chance que Raymonde Peschard et trois de leurs camarades
qui furent tués pendant le combat.
« Le cadavre de Raymonde Peschard a été inhumé au cimetière de
Bordj Bou-Arreridj, déclare le 30 novembre au cours d une conférence
de presse — car la mort de la célèbre rebelle « vaut » bien cela , le
lieutenant-colonel Marey, adjoint au commandant du secteur Alger-
