Les fausses espérances et le chaos
271
méthodes d’investigation, des violences « ordinaires » aux séances de
torture.
Quoi qu’il en soit, le FLN-métropole multiplie les attentats individuels dès le début de 1960. La presse apporte son lot quotidien d’assassinats dont le caractère politique est évident, même s’il faut se méfier
de ranger systématiquement dans cette catégorie tous les crimes et les
délits. Le théâtre de ces exactions ? La rue, les cafés, les hôtels, les
foyers pour immigrés musulmans... Dans ces chiffres, des policiers, qui
sont parmi les premiers visés, et qui affrontent avec courage le défi du
terrorisme. Trois d’entre eux sont assassinés en janvier et février. Pendant six ans, de 1956 à 1961, 373 seront l’objet d’agressions, 53 seront
tués et 279 blessés sur le territoire métropolitain, victimes du drame
algérien. Plusieurs harkis de la FPA tomberont en cours de mission
sous les balles des groupes armés du FLN. Le 4 mai, Robert Abdesselam, député d’Alger, est blessé ; le policier chargé de sa protection est
tué.
Insoumis, porteurs de valises et complices^...
Plus spectaculaire que les attentats de cafés et d’hôtels d’Algériens
— « après tout, tant qu’ils se massacrent entre eux, cela les regarde »,
ce genre de remarque résume assez bien l’opinion de la majorité des
Français... —, plus à même de mobiliser les lecteurs et d’augmenter les
tirages, le titre qui barre les premières pages des quotidiens, ce
24 février 1960... Dix Parisiens complices du FLN viennent d’être
arrêtés. C’est le début de la découverte du « Réseau Jeanson ». Découverte pour le grand public, certes, mais il y a un bon moment que les
informations ont commencé à filtrer sur les agissements de ces Français
qui ont choisi le camp du FLN.
À l’origine du mouvement, un jeune philosophe proche de Jean-Paul
Sartre, Francis Jeanson, collaborateur régulier de la prestigieuse revue
Les Temps modernes dont il est par ailleurs le gérant. Avec la collaboration de son épouse Colette, il fédère d’abord les initiatives de plusieurs
groupes très minoritaires et isolés qui militent en faveur du soutien aux
nationalistes, puis prend un contact direct avec Omar Boudaoud qui a
été nommé responsable de la Fédération du FLN en France (cf. p. 180f
Collaboration étroite qui respecte bien entendu les règles de la clandestinité, et collaboration très efficace : à l’automne 1957, le réseau a
étendu sa toile à plusieurs grandes villes de province
Marseille, Grenoble, Lyon —, et déjà rendu d’inestimables services au FLN clandestin
grâce à des soutiens aussi actifs que les prêtres de la Mission de France
ou à un révolutionnaire professionnel d’origine égyptienne, Henri
271
méthodes d’investigation, des violences « ordinaires » aux séances de
torture.
Quoi qu’il en soit, le FLN-métropole multiplie les attentats individuels dès le début de 1960. La presse apporte son lot quotidien d’assassinats dont le caractère politique est évident, même s’il faut se méfier
de ranger systématiquement dans cette catégorie tous les crimes et les
délits. Le théâtre de ces exactions ? La rue, les cafés, les hôtels, les
foyers pour immigrés musulmans... Dans ces chiffres, des policiers, qui
sont parmi les premiers visés, et qui affrontent avec courage le défi du
terrorisme. Trois d’entre eux sont assassinés en janvier et février. Pendant six ans, de 1956 à 1961, 373 seront l’objet d’agressions, 53 seront
tués et 279 blessés sur le territoire métropolitain, victimes du drame
algérien. Plusieurs harkis de la FPA tomberont en cours de mission
sous les balles des groupes armés du FLN. Le 4 mai, Robert Abdesselam, député d’Alger, est blessé ; le policier chargé de sa protection est
tué.
Insoumis, porteurs de valises et complices^...
Plus spectaculaire que les attentats de cafés et d’hôtels d’Algériens
— « après tout, tant qu’ils se massacrent entre eux, cela les regarde »,
ce genre de remarque résume assez bien l’opinion de la majorité des
Français... —, plus à même de mobiliser les lecteurs et d’augmenter les
tirages, le titre qui barre les premières pages des quotidiens, ce
24 février 1960... Dix Parisiens complices du FLN viennent d’être
arrêtés. C’est le début de la découverte du « Réseau Jeanson ». Découverte pour le grand public, certes, mais il y a un bon moment que les
informations ont commencé à filtrer sur les agissements de ces Français
qui ont choisi le camp du FLN.
À l’origine du mouvement, un jeune philosophe proche de Jean-Paul
Sartre, Francis Jeanson, collaborateur régulier de la prestigieuse revue
Les Temps modernes dont il est par ailleurs le gérant. Avec la collaboration de son épouse Colette, il fédère d’abord les initiatives de plusieurs
groupes très minoritaires et isolés qui militent en faveur du soutien aux
nationalistes, puis prend un contact direct avec Omar Boudaoud qui a
été nommé responsable de la Fédération du FLN en France (cf. p. 180f
Collaboration étroite qui respecte bien entendu les règles de la clandestinité, et collaboration très efficace : à l’automne 1957, le réseau a
étendu sa toile à plusieurs grandes villes de province
Marseille, Grenoble, Lyon —, et déjà rendu d’inestimables services au FLN clandestin
grâce à des soutiens aussi actifs que les prêtres de la Mission de France
ou à un révolutionnaire professionnel d’origine égyptienne, Henri
