272
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Curiel. Cinq cents millions de francs de cette époque sont récoltés
chaque mois chez les Algériens de la métropole avant d’être transférés
en Tunisie et en Suisse pour le compte du FLN.
Depuis 1958, cependant, les interpellations d’hommes et de femmes
ayant hébergé, caché, transporté des militants et dirigeants du FLN en
France ou servi de collecteurs de fonds ont régulièrement nourri la
chronique. Tous, ou à peu près, tombent dans les filets de la police.
Cécile Decugis, monteuse en cinéma, le 2 août 1958 : elle avait offert
une planque, dans un appartement parisien, à l’un des dirigeants de
l’OS, Omar Haraigue. Elle sera jugée en mars 1960 et condamnée à
cinq ans d’emprisonnement.
Le 13 octobre 1958, c’est au tour de l’abbé Bernard Boudouresques,
ingénieur au centre atomique de Saclay, prêtre de la Mission de France,
très impliqué avec son camarade l’abbé Robert Davezies, prêtre de la
Mission comme lui. Robert Davezies et un autre militant, Jacques
Vignes, prennent en charge, au mois d’avril précédent, à la frontière
espagnole, dix Algériens dont plusieurs formeront le commando auteur
de l’attentat manqué contre Jacques Soustelle, le 15 septembre. Mais
Davezies obtiendra d’autres titres à la reconnaissance du FLN en transportant d’Allemagne en France le chef de l’Organisation spéciale Rabah
Bouaziz (ibid., p. 180) Quant à l’abbé Boudouresques, il a pris le risque
de louer, rue Balard, à Paris, un studio pour le compte du FLN. Mouloud Ouraghi, le principal auteur de l’agression contre Jacques Soustelle, avouera par ailleurs qu’il avait été recueilli au domicile de
Boudouresques, rue Saint-Jacques, après son passage à la frontière
pyrénéenne. Des aveux passés dans les locaux de la DST, et dont on
imagine qu’ils ne furent pas spécialement spontanés, les inspecteurs
de Roger Wybot ayant la réputation d’avoir la main lourde avec les
nationalistes qui leur étaient présentés... L’abbé Boudouresques sera
mis en liberté provisoire en février 1959.
Quatre jours après Bernard Boudouresques, le 17 octobre, trois
prêtres de l’institution du Prado de Lyon qui se sont consacrés à l’aide
en faveur des Nord-Africains en difficulté, mais sont suspectés de couvrir sous des apparences charitables les activités subversives de certains
de leurs assistés, sont à leur tour arrêtés. Ils seront rapidement libérés.
De ce mois de février à mars 1960, les militants du Réseau Jeanson
tomberont les uns après les autres, mais ils prendront leur revanche à
l’occasion de procès retentissants. Intellectuels dans leur très grande
majorité, ils sont éloquents, caustiques, et dominent leurs juges, transformant les prétoires en autant de tribunes avec force avocats et accumulation de témoignages de personnalités. Ainsi l’écrivain Georges
Arnaud, l’auteur du Salaire de la peur, arrêté le 23 avril et jugé le
17 juin après avoir publié dans Paris-Presse un compte rendu d’une
Précédent

- 265/420

Suivant