254
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
son par les pieds. En février 1959, le responsable de presse de la
Nahia 4, Si Lamri, est exécuté après avoir subi des sévices dont l’un
consistait à lui planter des pointes de bois sous les ongles.
Le lendemain de la réunion du tribunal militaire, le 3 août, Amirouche adressait aux commandants des wilayas 1, 2, 4, 5 et 6, ainsi
qu’au CCE-TUNIS, le dernier exemplaire étant réservé aux « archives », une longue lettre dans laquelle il annonçait et s’expliquait sur
l’épuration déclenchée dans la wilaya 3 10 :
J’ai le devoir et l’honneur de vous informer — en priant Dieu que ce message vous parvienne à temps — de la découverte en notre wilaya d’un vaste
complot ourdi depuis de longs mois par les Services secrets français contre la
Révolution algérienne avec la complicité d’éléments les plus divers. Ce
complot d’après les renseignements en notre possession, s’étendrait à toutes
les wilayas d’Algérie, il aurait même des ramifications dans nos bases de
Tunisie et du Maroc.
Le réseau tissé dans notre wilaya vient d’être pratiquement mis hors d’état
de nuire après une enquête d’autant plus ardue que ses chefs dans le maquis
étaient en apparence au-dessus de tout soupçon. La plupart de ses chefs, sinon
tous, ont été arrêtés et ont passé des aveux qui nous permettent de vous
communiquer les renseignements suivants avec l’espoir qu’ils vous aideront
dans vos recherches :
1°. Le complot est dirigé par les services secrets français (Goddard [szc],
Léger...) qui se sont assurés la complicité de mouchards professionnels
infiltrés depuis des années dans les anciennes formations politiques et de personnes apparemment honorables embrigadées sous couvert de messalisme ou
autre déviationnisme.
2°. Ses buts sont :
a. L’affaiblissement de l’ALN [...]. b. Le noyautage de l’ALN [...]. c. La
destruction de l’ALN. [...].
3°. Les éléments impliqués dans ce complot viennent d’horizons les plus
divers que nous pouvons sommairement cataloguer ainsi :
1°. Des éléments instruits, intellectuels (étudiants, collégiens, médecins,
enseignants) entrés au maquis en 1956 après la grève des étudiants par l’entremise de certains responsables FLN de l’époque, ou même plus tard.
2°. Personnes entrées au maquis après avoir été libérées de prison ou d’un
camp d’internement (surtout celles qui avaient une activité politique antérieurement à la Révolution).
3°. Personnes entrées au maquis par la Tunisie (ou le Maroc ?), médecins,
infirmiers, radios ou autres techniciens et généralement les gens assez instruits.
4°. Mouchards professionnels chevronnés, un certain nombre d’entre eux
étaient déjà dans les anciennes formations politiques où ils « travaillaient » au
service de la France [...].
5°. Les méthodes employées dans notre wilaya sont les suivantes :
Précédent

- 247/420

Suivant