Les fausses espérances et le chaos
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couteau, et de brûlures. On lui lit l’acte d’accusation, mais devant
l’énormité des charges retenues contre lui, il se redresse et crie : « Vous
savez bien que ce que j’ai écrit m’a été dicté sous la torture ! » Amirouche, furieux, se jette sur lui, « tel un fauve », le roue de coups de
poing et lui ordonne de se taire. Verdict attendu, verdict confirmé : la
mort, bien entendu. Et pourtant, commente l’adjoint politique,
« presque tous ceux qui l’ont connu dans le maquis, et même la plupart de
ceux qui l’ont jugé étaient certains de sa sincérité... Nul ne pouvait le dire, car
la terreur régnait en maître... »
Le tribunal de la terreur siégea sans désemparer jusqu’au 5 août,
envoyant dans la mort une vingtaine de responsables, dont Si Ouakli, responsable de l’UGTA en Mintaqa 4 et de la ZAA. L’après-midi, les
condamnés à mort furent exposés devant les Katibas. Amirouche et ses
lieutenants prononcèrent alors des discours de vengeance et les livrèrent
aux djounouds qui, chauffés à blanc, les lynchèrent. Amirouche rassembla tout son monde dans la soirée et déclara que les responsables locaux
seraient chargés de prendre le relais après son départ. On procéda enfin à
la nomination des nouveaux chefs qui remplaceraient les « Bleus »
destitués.
Ce n’était, en ce mois d’août 1958, que le début de purge qui se poursuivit selon d’autres méthodes : par des lettres de convocation à la wilaya
pour les cas les plus graves, ou par ordres de convocation surplace. Un
message du capitaine Si Abdallah, chef de la zone 3 de la wilaya 3, aux
chefs de Régions leur transmet, le 25 août, ces nouvelles dispositions et
confirme que l’épuration violente des « traîtres », « noyauteurs » et
« contre-révolutionnaires » a encore de longs jours devant elle.
Des cas comme ceux-ci avaient, plus que d’autres, sans doute,
marqué cette longue période de terreur dans la wilaya 3. On sanctionnait
et on torturait des membres des « services de santé » :
Si Mustapha, qu’il ne faut pas confondre avec le précédent, mourut
dans des conditions atroces, le 28 juillet 1958. Ancien étudiant à la
faculté de médecine d’Alger, il avait servi dans le service sanitaire de
la Mintaqa 1 depuis 1956 ; « d’une conduite exemplaire et d’un dévouement évident, il avait soigné des centaines de blessés et de malades ».
Son tortionnaire, qui l’avait pendu à un arbre, lui brûlait les aisselles
en lui ordonnant de parler. On cite également les cas de deux infirmiers
de la Nahia 4 — Mintaqa 1, dç deux infirmiers de la Nahia 5 de la
même Mintaqa 1, d’autres membres des services sanitaires de la
wilaya 3 : adjudant, sergent-infirmier, tous morts sous la torture. En
septembre 1958, l’adjudant du Service sanitaire — pharmacien de la
Mintaqa 1, Bouchenak Smaïl, meurt après de longs moments de pendai
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couteau, et de brûlures. On lui lit l’acte d’accusation, mais devant
l’énormité des charges retenues contre lui, il se redresse et crie : « Vous
savez bien que ce que j’ai écrit m’a été dicté sous la torture ! » Amirouche, furieux, se jette sur lui, « tel un fauve », le roue de coups de
poing et lui ordonne de se taire. Verdict attendu, verdict confirmé : la
mort, bien entendu. Et pourtant, commente l’adjoint politique,
« presque tous ceux qui l’ont connu dans le maquis, et même la plupart de
ceux qui l’ont jugé étaient certains de sa sincérité... Nul ne pouvait le dire, car
la terreur régnait en maître... »
Le tribunal de la terreur siégea sans désemparer jusqu’au 5 août,
envoyant dans la mort une vingtaine de responsables, dont Si Ouakli, responsable de l’UGTA en Mintaqa 4 et de la ZAA. L’après-midi, les
condamnés à mort furent exposés devant les Katibas. Amirouche et ses
lieutenants prononcèrent alors des discours de vengeance et les livrèrent
aux djounouds qui, chauffés à blanc, les lynchèrent. Amirouche rassembla tout son monde dans la soirée et déclara que les responsables locaux
seraient chargés de prendre le relais après son départ. On procéda enfin à
la nomination des nouveaux chefs qui remplaceraient les « Bleus »
destitués.
Ce n’était, en ce mois d’août 1958, que le début de purge qui se poursuivit selon d’autres méthodes : par des lettres de convocation à la wilaya
pour les cas les plus graves, ou par ordres de convocation surplace. Un
message du capitaine Si Abdallah, chef de la zone 3 de la wilaya 3, aux
chefs de Régions leur transmet, le 25 août, ces nouvelles dispositions et
confirme que l’épuration violente des « traîtres », « noyauteurs » et
« contre-révolutionnaires » a encore de longs jours devant elle.
Des cas comme ceux-ci avaient, plus que d’autres, sans doute,
marqué cette longue période de terreur dans la wilaya 3. On sanctionnait
et on torturait des membres des « services de santé » :
Si Mustapha, qu’il ne faut pas confondre avec le précédent, mourut
dans des conditions atroces, le 28 juillet 1958. Ancien étudiant à la
faculté de médecine d’Alger, il avait servi dans le service sanitaire de
la Mintaqa 1 depuis 1956 ; « d’une conduite exemplaire et d’un dévouement évident, il avait soigné des centaines de blessés et de malades ».
Son tortionnaire, qui l’avait pendu à un arbre, lui brûlait les aisselles
en lui ordonnant de parler. On cite également les cas de deux infirmiers
de la Nahia 4 — Mintaqa 1, dç deux infirmiers de la Nahia 5 de la
même Mintaqa 1, d’autres membres des services sanitaires de la
wilaya 3 : adjudant, sergent-infirmier, tous morts sous la torture. En
septembre 1958, l’adjudant du Service sanitaire — pharmacien de la
Mintaqa 1, Bouchenak Smaïl, meurt après de longs moments de pendai
