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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
pera au carnage. » Deux jours plus tard, le sous-lieutenant Briki fut arrêté et
torturé, il mourut le jour même dans d’atroces souffrances, après avoir subi le
supplice des « poches de sel » [des entailles sont pratiquées au couteau sur le
corps de la victime, puis recouvertes de sel].
Le 31 juillet, vingt-cinq chefs (capitaines, lieutenants et sous-lieutenants),
survivants du massacre, frirent désignés pour constituer une « Commission
d’étude des dossiers bleus ». Il ressortait de l’étude des différents dossiers, à
peu près les mêmes histoires abracadabrantes, à savoir que le rebelle X, suspecté de trahison ou dénoncé par Y (les dossiers n’étaient établis que pour les
condamnés de poids), arrêté tel jour, a reconnu, après interrogatoire (les tortures n’étaient pas mentionnées, bien sûr), avoir collaboré avec l’ennemi
depuis telle date et faire partie d’un réseau d’espionnage dit « bleu » destiné
à noyauter la rébellion et à organiser, le moment venu, des attentats contre la
personne des chefs rebelles dévoués à la cause.
[...]. Le 2 août 1958 commençait à siéger le TM [Tribunal Militaire], et
avant l’ouverture de la première séance amirouche prononça un discours [...] :
« Je vous ai réunis pour qu’ensemble nous envisagions [ ?] les moyens de
combattre le vaste complot dirigé contre la wilaya pilote de l’Algérie : la
KABYLIE.
« [...]. Ainsi que nous l’avons vu, les principaux agents du réseau sont des
Algérois — quatre-vingt-dix pour cent des Algérois qui se trouvaient en
wilaya 3 ont reconnu faire partie des “Bleus”, ils ont été exécutés.
«Nous avons été favorisés par le sort puisque le premier “Bleu” arrêté
à ouled smir, dans la Mintaqa 4, une femme originaire d’Alger, ne l’a été
qu’accidentellement. C’est cette femme qui nous a permis de dévoiler l’existence du complot. C’est en partant de ses dénonciations que nous avons pu
éviter la catastrophe.
« [...]. Aujourd’hui, grâce à Dieu, le réseau Bleu est démantelé. J’avais trop
compté sur les éléments intellectuels pour guider la lutte * . Je leur avais confié
les meilleurs postes de direction. Ils nous ont trahis. Que cela nous serve de
leçon. »
* Référence aux intellectuels dont Amirouche s’était entouré, au cours du premier trimestre 1958,
après plusieurs mois d’absence à l’étranger et son retour en wilaya 3. Ce choix d’Amirouche avait
suscité des jalousies parmi les éléments moins évolués de son commandement, qui n’attendaient qu’une
occasion de prendre leur revanche.
Amirouche achevait son allocution en prévenant que « la lutte antiBleu» n’était pas terminée, et qu’elle durerait «jusqu’à la fin de la
guerre ». Puis on amena devant lui et les membres du tribunal le souslieutenant Si Mohamed, médecin de la wilaya, les mains liées derrière
le dos, dont le visage exprimait la souffrance endurée pendant la détention. La séance fut vite expédiée ; Si Mohamed fut condamné à mort.
Ce fut ensuite le tour de Nouri Mustapha, ex-instituteur à Tizi-Ouzou,
« intelligent et courageux, il avait été un chef exemplaire », précise
l’adjoint politique. Il comparaît le torse nu, couvert de plaies faites au
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