Les fausses espérances et le chaos
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annonçaient qu’un vaste complot venu d’Alger cherchait à détruire la
wilaya 3, qu’en conséquence tous les éléments originaires ou venant de
la région devaient être arrêtés, ligotés et conduits au PC de la wilaya.
La terreur était alors à son comble, témoignera l’« adjoint politique ». Chacun se demandait comment cette affaire allait se terminer, et surtout : « La
prochaine escorte officielle sera peut-être pour moi... » Toujours à la même
époque [juillet 1958], la Wilaya fit connaître aux Mintaqat qu’une réunion
extraordinaire devait avoir lieu dans l’Afkadou et que les cadres à partir des
aspirants, devaient y assister [...]. Une atmosphère d’intrigues, de suspicion,
planait sur toutes les têtes. Un sourire, une allusion, les expressions les plus
naturelles et les plus franches laissaient supposer ou masquaient un piège. La
mort était partout. Tout le monde la sentait mais elle semblait moins affreuse
et moins exaspérante que les cris déchirants, les gémissements ou les râles des
suppliciés.
La grande forêt n’avait encore jamais vu tant de monde à la fois. Et pour
une fois les rebelles craignaient la rébellion plus que tout autre danger. On ne
s’occupait ni des rapports, ni des conversations habituellement axées sur la
population et sur l’ennemi. Seul était réel et dominait tout : le spectre bleu.
La peur était dans tous les cœurs et se lisait sur les visages blêmes. Çà et là,
quelques petits groupes de chefs conversaient à voix basse pour « tuer le
temps » tout en sachant qu’ils étaient épiés. A un moment donné, Amirouche
se dirigea vers l’un de ces groupes et demanda l’objet de la conversation. En
apprenant que c’était au sujet d’une jeune fille de Sedouk nommée Malika et
mêlée à l’affaire, il changea subitement de couleur et s’écria avec colère :
« Pour la dernière fois, j’interdis aux responsables de Mintaqat différentes de
parler ensemble ! » La lendemain, le lieutenant Si Larbi Tifrit de la Mintaqa 2,
l’un des interpellés de la veille, était arrêté et condamné à mort.
La journée du 30 juillet [toujours en 1958] se passa à visiter les baraques
des « Bleus » en attendant la décision d’Amirouche. Une centaine d’hommes,
pour la plupart des gradés, y étaient entassés, enchaînés et couverts de plaies.
Ils ont tous été torturés et leurs corps dégageaient une insupportable odeur de
chair brûlée. Une cinquantaine d’autres se balançaient au bout d’une corde
[...]. Enfin, un peu plus au Nord, les ruines de la Maison Forestière d’AGOULmine aberkane assistaient impassibles au supplice de la baignoire où cinq ou
six « élèves » du capitaine si ahcène s’acharnaient sur une douzaine de
« Bleus » [...].
Le soir, l’un des officiers demanda à Amirouche si, dans le tas, il n’y aurait
pas des innocents torturés ou déjà tués. « Bien sûr, répondit celui-ci, le nombre
des victimes innocentes peut être évalué à vingt pour cent, mais 1 opération
est quand même payante [...].»
Questionné par un ami intime, le sous-lieutenant briki saddek dit « abdelhafid », chef de nahia en Mintaqa 4, a répondu : « Tu as de la chance d être
resté jusqu’à présent éloigné de tout cela. Moi, je suis à moitié fou. Je suis là
depuis deux mois, sans trop savoir pourquoi. A mon avis, la révolution court
à sa perte. C’est le régime de la terreur et je crois qu aucun de nous n échap
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annonçaient qu’un vaste complot venu d’Alger cherchait à détruire la
wilaya 3, qu’en conséquence tous les éléments originaires ou venant de
la région devaient être arrêtés, ligotés et conduits au PC de la wilaya.
La terreur était alors à son comble, témoignera l’« adjoint politique ». Chacun se demandait comment cette affaire allait se terminer, et surtout : « La
prochaine escorte officielle sera peut-être pour moi... » Toujours à la même
époque [juillet 1958], la Wilaya fit connaître aux Mintaqat qu’une réunion
extraordinaire devait avoir lieu dans l’Afkadou et que les cadres à partir des
aspirants, devaient y assister [...]. Une atmosphère d’intrigues, de suspicion,
planait sur toutes les têtes. Un sourire, une allusion, les expressions les plus
naturelles et les plus franches laissaient supposer ou masquaient un piège. La
mort était partout. Tout le monde la sentait mais elle semblait moins affreuse
et moins exaspérante que les cris déchirants, les gémissements ou les râles des
suppliciés.
La grande forêt n’avait encore jamais vu tant de monde à la fois. Et pour
une fois les rebelles craignaient la rébellion plus que tout autre danger. On ne
s’occupait ni des rapports, ni des conversations habituellement axées sur la
population et sur l’ennemi. Seul était réel et dominait tout : le spectre bleu.
La peur était dans tous les cœurs et se lisait sur les visages blêmes. Çà et là,
quelques petits groupes de chefs conversaient à voix basse pour « tuer le
temps » tout en sachant qu’ils étaient épiés. A un moment donné, Amirouche
se dirigea vers l’un de ces groupes et demanda l’objet de la conversation. En
apprenant que c’était au sujet d’une jeune fille de Sedouk nommée Malika et
mêlée à l’affaire, il changea subitement de couleur et s’écria avec colère :
« Pour la dernière fois, j’interdis aux responsables de Mintaqat différentes de
parler ensemble ! » La lendemain, le lieutenant Si Larbi Tifrit de la Mintaqa 2,
l’un des interpellés de la veille, était arrêté et condamné à mort.
La journée du 30 juillet [toujours en 1958] se passa à visiter les baraques
des « Bleus » en attendant la décision d’Amirouche. Une centaine d’hommes,
pour la plupart des gradés, y étaient entassés, enchaînés et couverts de plaies.
Ils ont tous été torturés et leurs corps dégageaient une insupportable odeur de
chair brûlée. Une cinquantaine d’autres se balançaient au bout d’une corde
[...]. Enfin, un peu plus au Nord, les ruines de la Maison Forestière d’AGOULmine aberkane assistaient impassibles au supplice de la baignoire où cinq ou
six « élèves » du capitaine si ahcène s’acharnaient sur une douzaine de
« Bleus » [...].
Le soir, l’un des officiers demanda à Amirouche si, dans le tas, il n’y aurait
pas des innocents torturés ou déjà tués. « Bien sûr, répondit celui-ci, le nombre
des victimes innocentes peut être évalué à vingt pour cent, mais 1 opération
est quand même payante [...].»
Questionné par un ami intime, le sous-lieutenant briki saddek dit « abdelhafid », chef de nahia en Mintaqa 4, a répondu : « Tu as de la chance d être
resté jusqu’à présent éloigné de tout cela. Moi, je suis à moitié fou. Je suis là
depuis deux mois, sans trop savoir pourquoi. A mon avis, la révolution court
à sa perte. C’est le régime de la terreur et je crois qu aucun de nous n échap
