248
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Massacres et épuration sauvage dans l’Afkadou
Deux jours plus tard, ce 21 septembre 1958, des troupes en opération
découvrent dans le massif de l’Afkadou, dans la wilaya 3 sous le
contrôle du « Colonel Amirouche, commandant en chef », ce qui allait
devenir l’un des massacres collectifs les plus importants de la guerre
d’Algérie : plus de trois cents cadavres entassés dans des ravinements
et sommairement dissimulés d’une couche de terre et de branchages.
Non loin de ce charnier, plusieurs installations, dont deux bâtiments
pouvant contenir chacun trente blessés, un bloc opératoire de chirurgie,
un poste de commandement, plusieurs petites baraques servant à héberger quelque deux cents hommes et... un centre d’interrogatoire équipé
d’un gibet et de divers instruments de torture : palan, lanières de cuir,
fouet, etc.
Diverses informations en possession du 2e Bureau de la 27e division
d’infanterie alpine avaient fait état, dès juillet, du déclenchement d’une
« purge » en cours dans la Mintaqa 4 de la wilaya 3. Un bulletin de
renseignement signé du général Jean Guérin, commandant la zone EstAlgérois et la 27e DI A6 signalait que l’épuration avait « débuté vers la
fin mai » dans la Mintaqa 4, et s’achevait par cette conclusion :
« L’impression de désarroi et de désordre demeure, la suspicion a envahi
l’ALN et la population constate qu’en quelques jours les Chefs du plus haut
grade deviennent des traîtres. Une situation qui mérite d’être rapidement
exploitée. »
On connaît désormais l’origine de la plus formidable entreprise d’intoxication de la guerre d’Algérie. Deux noms la résument : celui du
capitaine Paul-Alain Léger, l’adjoint du colonel Godard, et de sa
fameuse « Bleuite », machination « diabolique » qui avait fait ses premières preuves pendant la bataille d’Alger avant d’introduire, en particulier par le biais d’interceptions et de manipulations de courriers, le
virus de la trahison dans la wilaya 3. Les ravages furent d’autant plus
considérables qu’ils atteignaient Amirouche le terrible, le « loup de
l’Afkadou », dont le délire de persécution n’attendait qu’une occasion
de se précipiter sur une nouvelle obsession.
Au centre du drame, une jeune, grande et belle fille d’origine kabyle,
Tadjer Zora, dite Roza, que Léger et ses « Bleus » ont recrutée au cours
du démantèlement d’une cellule du FLN en gestation à Maison-Carrée.
Apparemment retournée, mais apparemment seulement, la jeune femme
à qui Léger a sciemment donné les noms de ses « correspondants » gagne,
Précédent

- 241/420

Suivant