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Le livre noir de la guerre d’Algérie
A. La condamnation et l’abolition de la colonisation, c’est-à-dire de l’exploitation d’un peuple par un autre peuple. Cette colonisation n’est qu’une
forme collective de l’esclavage individuel du Moyen Age. Elle est, en outre,
une des causes principales des rivalités et des conflagrations entre les grandes
puissances.
B. L’application pour tous les pays, petits et grands, du droit des peuples à
disposer d’eux-mêmes.
C.
La dotation à l’Algérie d’une constitution propre garantissant :
— la liberté et l’égalité absolue de tous ses habitants, sans distinction de
race ou de religion ;
— la suppression de la propriété féodale par une grande réforme agraire et
le droit au bien-être de l’immense prolétariat agricole ;
— la reconnaissance de la langue arabe comme langue officielle au même
titre que la langue française ;
— la liberté de la presse et du droit d’association ;
— l’instruction gratuite et obligatoire pour les enfants des deux sexes ;
— la liberté du culte pour tous les habitants et l’application à toutes les
religions du principe de la séparation de l’Église et de l’État.
D. La participation immédiate et effective des musulmans au gouvernement
de leur pays. Ce gouvernement pourra seul réaliser, dans un climat d’unité
morale parfaite, la participation du peuple algérien à la lutte commune.
La garantie et la réalisation de ces points assurera l’entière et sincère adhésion de l’Algérie musulmane à la lutte pour le triomphe du droit et de la
liberté...
Le Manifeste affirme que l’Algérie construira son avenir en puisant
dans ses propres forces, et il esquisse un bilan de la situation sociale
en ce mois de février 1943 :
De propriétaire disposant d’immenses étendues de terre, il [le peuple algérien} deviendra un peuple de petits paysans et particulièrement de salariés. La
statistique quinquennale fixe à 1 338 760 seulement le nombre des propriétaires indigènes musulmans, possédant en moyenne deux hectares de terre
chacun. Ces paysans vivent misérablement, mais ils vivent tout de même.
Le reste de la population constitue cet immense prolétariat [en lettres
capitales dans le texte}, instrument de base de la richesse de la colonie française. Ce prolétariat donne à l’Algérie sa physionomie spécifique : ouvriers
en haillons, cireurs déguenillés, infirmes se traînant misérablement, mendiants
faméliques, tout un peuple sorti d’on ne sait quelle Cour des Miracles, avec
ses yeux fiévreux et son teint maladif.
Ce peuple reçoit un salaire de famine : 1 F à 2,50 F par jour de 1870 à
1914, pour une durée de 12 à 14 heures de travail, de 4 à 8 F de 1914 à 1935
et de 8 à 12 F jusqu en 1941. Cependant, ce dernier a trouvé lui aussi dans sa
forte natalité sa manière de résister et de durer. Sans doute la mortalité enfantine maintenue par le manque d’hygiène et l’ignorance peut atteindre de 60 à
Le livre noir de la guerre d’Algérie
A. La condamnation et l’abolition de la colonisation, c’est-à-dire de l’exploitation d’un peuple par un autre peuple. Cette colonisation n’est qu’une
forme collective de l’esclavage individuel du Moyen Age. Elle est, en outre,
une des causes principales des rivalités et des conflagrations entre les grandes
puissances.
B. L’application pour tous les pays, petits et grands, du droit des peuples à
disposer d’eux-mêmes.
C.
La dotation à l’Algérie d’une constitution propre garantissant :
— la liberté et l’égalité absolue de tous ses habitants, sans distinction de
race ou de religion ;
— la suppression de la propriété féodale par une grande réforme agraire et
le droit au bien-être de l’immense prolétariat agricole ;
— la reconnaissance de la langue arabe comme langue officielle au même
titre que la langue française ;
— la liberté de la presse et du droit d’association ;
— l’instruction gratuite et obligatoire pour les enfants des deux sexes ;
— la liberté du culte pour tous les habitants et l’application à toutes les
religions du principe de la séparation de l’Église et de l’État.
D. La participation immédiate et effective des musulmans au gouvernement
de leur pays. Ce gouvernement pourra seul réaliser, dans un climat d’unité
morale parfaite, la participation du peuple algérien à la lutte commune.
La garantie et la réalisation de ces points assurera l’entière et sincère adhésion de l’Algérie musulmane à la lutte pour le triomphe du droit et de la
liberté...
Le Manifeste affirme que l’Algérie construira son avenir en puisant
dans ses propres forces, et il esquisse un bilan de la situation sociale
en ce mois de février 1943 :
De propriétaire disposant d’immenses étendues de terre, il [le peuple algérien} deviendra un peuple de petits paysans et particulièrement de salariés. La
statistique quinquennale fixe à 1 338 760 seulement le nombre des propriétaires indigènes musulmans, possédant en moyenne deux hectares de terre
chacun. Ces paysans vivent misérablement, mais ils vivent tout de même.
Le reste de la population constitue cet immense prolétariat [en lettres
capitales dans le texte}, instrument de base de la richesse de la colonie française. Ce prolétariat donne à l’Algérie sa physionomie spécifique : ouvriers
en haillons, cireurs déguenillés, infirmes se traînant misérablement, mendiants
faméliques, tout un peuple sorti d’on ne sait quelle Cour des Miracles, avec
ses yeux fiévreux et son teint maladif.
Ce peuple reçoit un salaire de famine : 1 F à 2,50 F par jour de 1870 à
1914, pour une durée de 12 à 14 heures de travail, de 4 à 8 F de 1914 à 1935
et de 8 à 12 F jusqu en 1941. Cependant, ce dernier a trouvé lui aussi dans sa
forte natalité sa manière de résister et de durer. Sans doute la mortalité enfantine maintenue par le manque d’hygiène et l’ignorance peut atteindre de 60 à
