Les années perdues
29
qui se réfugient dans la clandestinité. Messali Hadj passe pour sa part
d’une prison à l’autre après sa condamnation, en mars 1941 et par le
tribunal militaire d’Alger, à seize ans de travaux forcés et vingt ans
d’interdiction de séjour.
Première étape de la Libération, le débarquement du 8 novembre est
en même temps lourd de conséquences pour l’avenir de l’Afrique du
Nord. Les mouvements nationalistes puisent dans ces événements des
raisons d’espérer, et découvrent dans les représentants des alliés américains des interlocuteurs attentifs à leurs revendications. Voilà qui nous
intéresse, hormis l’imbroglio qui se noue dans les coulisses et sur la
scène politique : prise du pouvoir par Darlan avec l’appui américain,
création par l’amiral du Conseil impérial, le 4 décembre, et son assassinat le 24, tandis que le surlendemain le général Giraud est désigné par
le même Conseil comme haut-commissaire civil et militaire en Afrique
du Nord.
Le 19 janvier 1943, Marcel Peyrouton est nommé gouverneur général
de l’Algérie, au moment où à Anfa (Maroc) se déroule la conférence
entre le Premier ministre Churchill et le président Roosevelt. Une photographie y enregistre la poignée de main contrainte entre le général Giraud et le général de Gaulle. L’affrontement entre les deux
concurrents se traduira par la victoire du second, fort du soutien de la
France libre et de la Résistance, et contre la volonté du président Roosevelt, mais ce sera également la suprématie de l’intelligence et de l’habileté tactique, voire de la ruse, sur l’innocence du militaire peu familier
des arcanes de la politique. En attendant, les milieux musulmans bougent. Au cours de la conférence, le sultan Mohammed ben Youssef a
reçu des signes encourageants d’un président Roosevelt croisé de la
décolonisation. Mais le signe le plus significatif vient d’Alger où quarante-deux personnalités musulmanes disposant d’un mandat électif et
conduites par Ferhat Abbas signent, le 10 février 1943, un manifeste
qui est tout à la fois un réquisitoire contre un siècle de domination
française et un appel à la reconnaissance de la nation algérienne *
10 :
* Nous en donnons les extraits qui nous ont paru essentiels dans un ordre qui ne respecte pas celui
du texte initial.
Le président Roosevelt, dans sa déclaration faite au nom des Alliés [à Anfa\,
affirment les signataires du Manifeste, donne l’assurance que dans l’organisation du monde nouveau les droits des peuples, petits et grands, seraient
respectés.
Fort de cette déclaration, le peuple algérien demande, dès aujourd’hui, pour
éviter tout malentendu et barrer la route aux visées et aux convoitises qui
pourraient naître demain :
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qui se réfugient dans la clandestinité. Messali Hadj passe pour sa part
d’une prison à l’autre après sa condamnation, en mars 1941 et par le
tribunal militaire d’Alger, à seize ans de travaux forcés et vingt ans
d’interdiction de séjour.
Première étape de la Libération, le débarquement du 8 novembre est
en même temps lourd de conséquences pour l’avenir de l’Afrique du
Nord. Les mouvements nationalistes puisent dans ces événements des
raisons d’espérer, et découvrent dans les représentants des alliés américains des interlocuteurs attentifs à leurs revendications. Voilà qui nous
intéresse, hormis l’imbroglio qui se noue dans les coulisses et sur la
scène politique : prise du pouvoir par Darlan avec l’appui américain,
création par l’amiral du Conseil impérial, le 4 décembre, et son assassinat le 24, tandis que le surlendemain le général Giraud est désigné par
le même Conseil comme haut-commissaire civil et militaire en Afrique
du Nord.
Le 19 janvier 1943, Marcel Peyrouton est nommé gouverneur général
de l’Algérie, au moment où à Anfa (Maroc) se déroule la conférence
entre le Premier ministre Churchill et le président Roosevelt. Une photographie y enregistre la poignée de main contrainte entre le général Giraud et le général de Gaulle. L’affrontement entre les deux
concurrents se traduira par la victoire du second, fort du soutien de la
France libre et de la Résistance, et contre la volonté du président Roosevelt, mais ce sera également la suprématie de l’intelligence et de l’habileté tactique, voire de la ruse, sur l’innocence du militaire peu familier
des arcanes de la politique. En attendant, les milieux musulmans bougent. Au cours de la conférence, le sultan Mohammed ben Youssef a
reçu des signes encourageants d’un président Roosevelt croisé de la
décolonisation. Mais le signe le plus significatif vient d’Alger où quarante-deux personnalités musulmanes disposant d’un mandat électif et
conduites par Ferhat Abbas signent, le 10 février 1943, un manifeste
qui est tout à la fois un réquisitoire contre un siècle de domination
française et un appel à la reconnaissance de la nation algérienne *
10 :
* Nous en donnons les extraits qui nous ont paru essentiels dans un ordre qui ne respecte pas celui
du texte initial.
Le président Roosevelt, dans sa déclaration faite au nom des Alliés [à Anfa\,
affirment les signataires du Manifeste, donne l’assurance que dans l’organisation du monde nouveau les droits des peuples, petits et grands, seraient
respectés.
Fort de cette déclaration, le peuple algérien demande, dès aujourd’hui, pour
éviter tout malentendu et barrer la route aux visées et aux convoitises qui
pourraient naître demain :
