28
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
cien, ouvre une officine en 1933 et se marie la même année. Son intérêt
pour ce que l’on peut considérer comme la vie politique s’est manifesté
très tôt et s’est concrétisé par son adhésion à l’Association des étudiants
musulmans d’Afrique du Nord dont il assurera la présidence de 1927 à
1931. Il est élu conseiller municipal, puis conseiller général. Il s’engage
en 1939, ne cache pas, après sa démobilisation, une certaine sympathie
pour le régime de Vichy. Et effectue après le débarquement allié du
8 novembre 1942 une métamorphose spectaculaire.
La France a sombré dans la défaite et son prestige en souffrira durablement dans un pays comme l’Algérie où l’on supportera de plus en
plus difficilement la tutelle d’un pays vaincu. Pendant les deux années
de son règne éphémère, le gouvernement du maréchal Pétain conduit,
à l’égard de la communauté musulmane, la politique de la carotte et du
bâton, de la flatterie, en prenant contre la communauté juive une politique d’exclusion qui dépasse en excès le statut et les mesures pris en
métropole9. Du bâton, en multipliant les représailles contre les dirigeants suspects d’entretenir la flamme nationaliste.
• Le décret signé le 7 octobre 1940 par « le maréchal Pétain, chef
de l’État français », spécifie en son article 1er que « le décret de la
Défense nationale du 24 octobre 1870 est abrogé en ce qu’il règle les
droits politiques des Juifs indigènes des départements de l’Algérie et
les déclare citoyens français ». En son article 2 que « les droits politiques des Juifs indigènes des départements d’Algérie restent réglés par
la loi française ». Les anciens combattants, sous certaines conditions,
« conserveront le statut politique de citoyens français ».
Les lois d’octobre 1940 et juin 1941 sont appliquées à la lettre en Algérie : exclusion de toutes les professions administratives dans le privé, on
leur ferme toutes les professions de la banque, de l’édition, du cinéma, du
théâtre... Le numerus clausus est appliqué, comme en métropole, pour les
avocats, les avoués, les médecins. Quant à la ségrégation dans l’enseignement, elle est plus impitoyable encore qu’en métropole puisque, à
l’exemple des autres territoires d’Afrique du Nord, elle englobe le primaire et le secondaire, limitant dans un premier temps la proportion des
enfants juifs à 14 % dans l’ensemble des enfants scolarisés, puis la ramenant à 7 % en octobre 1942, à la veille du débarquement. Or, cette ségrégation est applicable par classe, quel que soit le nombre des élèves juifs
qui y figurent. Vingt mille enfants juifs sont ainsi rejetés, pour six mille
acceptés, dans le secondaire, le primaire et le technique, les exclus se
voyant interdire de se présenter au brevet et au bachot.
Flatterie d un côté, rétorsion d’un autre, donc... La rétorsion vise les
nationalistes qui sont pour un certain nombre d’entre eux arrêtés, ou
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
cien, ouvre une officine en 1933 et se marie la même année. Son intérêt
pour ce que l’on peut considérer comme la vie politique s’est manifesté
très tôt et s’est concrétisé par son adhésion à l’Association des étudiants
musulmans d’Afrique du Nord dont il assurera la présidence de 1927 à
1931. Il est élu conseiller municipal, puis conseiller général. Il s’engage
en 1939, ne cache pas, après sa démobilisation, une certaine sympathie
pour le régime de Vichy. Et effectue après le débarquement allié du
8 novembre 1942 une métamorphose spectaculaire.
La France a sombré dans la défaite et son prestige en souffrira durablement dans un pays comme l’Algérie où l’on supportera de plus en
plus difficilement la tutelle d’un pays vaincu. Pendant les deux années
de son règne éphémère, le gouvernement du maréchal Pétain conduit,
à l’égard de la communauté musulmane, la politique de la carotte et du
bâton, de la flatterie, en prenant contre la communauté juive une politique d’exclusion qui dépasse en excès le statut et les mesures pris en
métropole9. Du bâton, en multipliant les représailles contre les dirigeants suspects d’entretenir la flamme nationaliste.
• Le décret signé le 7 octobre 1940 par « le maréchal Pétain, chef
de l’État français », spécifie en son article 1er que « le décret de la
Défense nationale du 24 octobre 1870 est abrogé en ce qu’il règle les
droits politiques des Juifs indigènes des départements de l’Algérie et
les déclare citoyens français ». En son article 2 que « les droits politiques des Juifs indigènes des départements d’Algérie restent réglés par
la loi française ». Les anciens combattants, sous certaines conditions,
« conserveront le statut politique de citoyens français ».
Les lois d’octobre 1940 et juin 1941 sont appliquées à la lettre en Algérie : exclusion de toutes les professions administratives dans le privé, on
leur ferme toutes les professions de la banque, de l’édition, du cinéma, du
théâtre... Le numerus clausus est appliqué, comme en métropole, pour les
avocats, les avoués, les médecins. Quant à la ségrégation dans l’enseignement, elle est plus impitoyable encore qu’en métropole puisque, à
l’exemple des autres territoires d’Afrique du Nord, elle englobe le primaire et le secondaire, limitant dans un premier temps la proportion des
enfants juifs à 14 % dans l’ensemble des enfants scolarisés, puis la ramenant à 7 % en octobre 1942, à la veille du débarquement. Or, cette ségrégation est applicable par classe, quel que soit le nombre des élèves juifs
qui y figurent. Vingt mille enfants juifs sont ainsi rejetés, pour six mille
acceptés, dans le secondaire, le primaire et le technique, les exclus se
voyant interdire de se présenter au brevet et au bachot.
Flatterie d un côté, rétorsion d’un autre, donc... La rétorsion vise les
nationalistes qui sont pour un certain nombre d’entre eux arrêtés, ou
