Du terrorisme à la répression
233
déployés en la matière] ont cependant un inconvénient constant et fort important. Il s’agit en effet de populations rurales pour lesquelles le gros, le petit
bétail et la volaille sont une source de revenus appréciables. Or, la diminution
de la surface des cours et le resserrement exagéré des maisons ont abouti à
une diminution sensible de l’élevage familial. Pour deux ou trois mètres de
plus ou de moins entre chaque maison, ce type de contrainte complique beaucoup la vie des regroupés et risque d’entraîner à échéance la dispersion des
familles, même si par ailleurs le village peut apparaître viable.
Quant à la « situation sanitaire », elle « est très généralement
déplorable » :
Dans un village où 900 enfants ont été recensés, il en meurt près d’un par
jour (vallée de la Soummam). Un village de l’Ouarsenis rassemble 1 100 personnes, dont près de 600 enfants. Il en est mort un (deux ans) au moment
précis du passage de l’enquêteur : l’officier de la SAS remarqua que c’était le
troisième en quatre jours. Lorsqu’un regroupement atteint 1 000 personnes, il
y meurt à peu près un enfant tous les deux jours. Ceci ne vaut pas pour les
regroupements du département d’Alger, où la facilité des communications et
la densité médicale permettent une surveillance très sensiblement meilleure,
mais paraît exact, semble-t-il, pour tout le reste de l’Algérie.
C’est dans le domaine du niveau de vie que la « situation des regroupés
est la plus tragique, la situation sanitaire n’étant qu’une conséquence ».
Lorsque les ressources sont assurées sous forme de salaires, elles n’ont
en général pas été modifiées, mais il en est tout autrement dans le cas,
de beaucoup le plus fréquent, où elles sont assurées par les activités
agricoles qui sont considérablement entravées par l’éloignement des
terres. Il n’existe guère de problème pour 10 à 15 % des fellahs qui
ont été concentrés sur leurs propres terres. Pour les autres, c’est une
catastrophe. Sans parler des chèvres qui sont écartées par l’armée parce
qu’elles détruisent la végétation, il est très rare que les familles déplacées aient pu conserver la totalité de leurs effectifs. Et puis :
Sur les terres pauvres d’Algérie, l’isolement des mechtas n’est pas sans
raison : l’une d’entre elles est de permettre au petit troupeau familial de trouver
sa subsistance sur le terrain situé au voisinage immédiat de la mechta. Lorsqu’un nombre important de familles sont regroupées, c’est un terrain collectif
qui doit nourrir tout ce petit bétail et la surface disponible par famille est
sensiblement moindre qu’autour des mechtas isolées. Les animaux y trouvent
moins bien leur subsistance et, même lorsque les autorités militaires autorisent
le maintien du petit troupeau familial, ce qui n’est pas toujours le cas, le
volume du troupeau se trouve réduit au moins de moitié.
Dans les villages où l’expérience semble la mieux réussie, la plus susceptible d’être définitive, les responsables ont néanmoins toujours admis qu à leur
avis le revenu par habitant avait, de ce fait, diminué d un quart, sinon d un
Précédent

- 228/420

Suivant