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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Le 13 mai 1957.
Hors des versions contradictoires, existe-t-il une analyse objective de
la situation dans des camps de regroupement ? Le rapport établi fin
1958 par Michel Rocard, inspecteur des Finances", sur la base de « la
documentation disponible à l’administration centrale », « des constatations faites à l’occasion de la visite d’une quinzaine de centres dans les
départements d’Orléansville et de Tiaret et dans l’arrondissement de
Blida» et de plusieurs autres sources fiables, constitue certainement
l’un des documents d’appréciation les plus crédibles *
:
* Après sa sortie de l’ENA, Michel Rocard avait opté pour l’inspection des Finances et avait été
chargé, à ce titre, d’une mission en Algérie pour le contrôle de plusieurs services. Inspectant notamment
l’Office public d’HLM d’Alger, il fut appelé, sur les conseils et avec la collaboration d’un de ses
camarades de la SFIO, et grâce à des missions officielles portant sur l’organisation foncière, à visiter
quelque quinze camps de regroupement. Il rédigea deux rapports, dont l’un, officieux, était consacré
à la situation dans les camps. Remis à Paul Delouvrier, l’un de ses exemplaires aboutit sur le bureau
du garde des Sceaux, Edmond Michelet, avant d’être publié par France-Observateur, le 16 avril 1959,
sous une forme anonyme. Il suscita alors une très grande émotion dans l’opinion, déterminant des
organisations telles que la Croix-Rouge internationale et le Secours catholique à ouvrir leurs propres
enquêtes, et mettant le gouvernement de Michel Debré, qui fut interpellé à l’Assemblée sur le sujet,
dans l’obligation de s’expliquer.
[...]. Dans certains des centres visités [fin 1958-début 1959, ces précisions
sont importantes], note Michel rocard, le nombre d’hommes est très inférieur
à celui des femmes. L’insuffisance est particulièrement sensible en ce qui
concerne les classes mobilisables. [...] Un regroupement particulièrement
misérable comprend 900 enfants sur 1 200 personnes au total. Dans un cas
beaucoup plus proche de la moyenne, il y a 550 enfants de moins de quinze
ans pour un peu plus de 1 000 personnes. Parmi les adultes, le nombre des
hommes ne dépasse que rarement 40 % ; il est parfois sensiblement inférieur
à ce pourcentage.
Les « villages regroupés » qui servent à désigner « les villages nouveaux construits selon les normes de « l’amélioration de l’habitat rural »
et occupés par des fellahs qui vivaient auparavant en mechtas isolées restent pour l’heure une minorité, et les regroupements déclarés provisoires
sont destinés à durer tant que sera reconnu le risque d’insécurité, ce qui
leur promet de ne pas disparaître avant longtemps. Au regard de l’Administration, les « moyens d’existence » des regroupés demeurent dans le
flou absolu, les documents officiels étant à peu près muets en la matière :
Rien n’est jamais précisé en ce qui concerne les conditions d’accès aux
anciennes terres, écrit Michel rocard, l’existence des troupeaux, de volailles,
les sources actuelles de revenus...
[iSï] dans la plupart des cas le logement des regroupés est fait de matériaux
traditionnels et est assez analogue aux mechtas qu’ils ont quittées, [les efforts
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Le 13 mai 1957.
Hors des versions contradictoires, existe-t-il une analyse objective de
la situation dans des camps de regroupement ? Le rapport établi fin
1958 par Michel Rocard, inspecteur des Finances", sur la base de « la
documentation disponible à l’administration centrale », « des constatations faites à l’occasion de la visite d’une quinzaine de centres dans les
départements d’Orléansville et de Tiaret et dans l’arrondissement de
Blida» et de plusieurs autres sources fiables, constitue certainement
l’un des documents d’appréciation les plus crédibles *
:
* Après sa sortie de l’ENA, Michel Rocard avait opté pour l’inspection des Finances et avait été
chargé, à ce titre, d’une mission en Algérie pour le contrôle de plusieurs services. Inspectant notamment
l’Office public d’HLM d’Alger, il fut appelé, sur les conseils et avec la collaboration d’un de ses
camarades de la SFIO, et grâce à des missions officielles portant sur l’organisation foncière, à visiter
quelque quinze camps de regroupement. Il rédigea deux rapports, dont l’un, officieux, était consacré
à la situation dans les camps. Remis à Paul Delouvrier, l’un de ses exemplaires aboutit sur le bureau
du garde des Sceaux, Edmond Michelet, avant d’être publié par France-Observateur, le 16 avril 1959,
sous une forme anonyme. Il suscita alors une très grande émotion dans l’opinion, déterminant des
organisations telles que la Croix-Rouge internationale et le Secours catholique à ouvrir leurs propres
enquêtes, et mettant le gouvernement de Michel Debré, qui fut interpellé à l’Assemblée sur le sujet,
dans l’obligation de s’expliquer.
[...]. Dans certains des centres visités [fin 1958-début 1959, ces précisions
sont importantes], note Michel rocard, le nombre d’hommes est très inférieur
à celui des femmes. L’insuffisance est particulièrement sensible en ce qui
concerne les classes mobilisables. [...] Un regroupement particulièrement
misérable comprend 900 enfants sur 1 200 personnes au total. Dans un cas
beaucoup plus proche de la moyenne, il y a 550 enfants de moins de quinze
ans pour un peu plus de 1 000 personnes. Parmi les adultes, le nombre des
hommes ne dépasse que rarement 40 % ; il est parfois sensiblement inférieur
à ce pourcentage.
Les « villages regroupés » qui servent à désigner « les villages nouveaux construits selon les normes de « l’amélioration de l’habitat rural »
et occupés par des fellahs qui vivaient auparavant en mechtas isolées restent pour l’heure une minorité, et les regroupements déclarés provisoires
sont destinés à durer tant que sera reconnu le risque d’insécurité, ce qui
leur promet de ne pas disparaître avant longtemps. Au regard de l’Administration, les « moyens d’existence » des regroupés demeurent dans le
flou absolu, les documents officiels étant à peu près muets en la matière :
Rien n’est jamais précisé en ce qui concerne les conditions d’accès aux
anciennes terres, écrit Michel rocard, l’existence des troupeaux, de volailles,
les sources actuelles de revenus...
[iSï] dans la plupart des cas le logement des regroupés est fait de matériaux
traditionnels et est assez analogue aux mechtas qu’ils ont quittées, [les efforts
