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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
tiers. Il faut ajouter que la disparition du troupeau détruit complètement l’équilibre alimentaire. [...]. La disparition quasi totale de l’élevage, insiste Michel
rocard, est une caractéristique commune des regroupements, elle implique
que le lait, les œufs, la viande sont pratiquement exclus du régime alimentaire
des regroupés.
[...]. La procédure de regroupement ne brise pas seulement des circuits et
des sources de revenus, elle fait également disparaître les possibilités de
secours que comportaient, pour ces hommes, la connaissance intime de leur
milieu naturel et l’expérience acquise. La connaissance exacte des points
d’eau, des secteurs giboyeux, des zones où pousse une végétation sauvage
comestible permet une augmentation sensible des rations. Le regroupement
détruit cette connaissance et augmente la densité humaine sur les terres « autorisées », dont les produits spontanés ne sont plus alors que quantité négligeable
pour chaque famille.
[...]. Atteints dans leur revenu, les fellahs le sont aussi dans leur dignité. Ils
sont placés vis-à-vis du commandement et du chef de SAS dans un état de
dépendance totale. Plus rien n’est à attendre de leur initiative.
Et tout contribue à ruiner leur prestige de chef de famille.
La quasi-totalité des « regroupés » ne bénéficiant pas de revenus salariaux, le seul recours est dans l’assistance. Le nombre des personnes
considérées comme totalement indigentes avoisine, fin 1958, les
200 000. Les rations distribuées dans les camps sont peu copieuses,
certains cas observés révélant qu’elles ne dépassent pas les onze kilos
d’orge par adulte et par mois. De surcroît, cette assistance, si insuffisante soit-elle, risque d’être interrompue par le départ d’un responsable
et de ne reprendre réellement que lors de la prise de fonction de son
successeur.
Observant que « l’aide apportée par l’ouverture de chantiers de chômage est sensiblement plus efficace », même si « les travaux effectués
ne sont que très rarement susceptibles de faire naître une activité économique », Michel Rocard conclura son rapport sur ce constat et cet
avertissement :
La situation alimentaire est donc préoccupante dans la quasi-totalité des
centres de regroupements. Des moyens d’existence doivent être à tout prix
fournis à ces populations pour éviter que l’expérience ne se termine en
catastrophe.
En dépit de certaines améliorations et de la réalisation de villages
comme ceux de Chéria et Zélemta (Mascara-région d’Oran), de Sahel
(Marengo et Blida-région d’Alger) et de Tiaouline (Palestro-région
d’Alger également) dont l’armée tirait fierté, la publication de rapports
comme celui de Michel Rocard et les remous qu’il provoqua n’eurent
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
tiers. Il faut ajouter que la disparition du troupeau détruit complètement l’équilibre alimentaire. [...]. La disparition quasi totale de l’élevage, insiste Michel
rocard, est une caractéristique commune des regroupements, elle implique
que le lait, les œufs, la viande sont pratiquement exclus du régime alimentaire
des regroupés.
[...]. La procédure de regroupement ne brise pas seulement des circuits et
des sources de revenus, elle fait également disparaître les possibilités de
secours que comportaient, pour ces hommes, la connaissance intime de leur
milieu naturel et l’expérience acquise. La connaissance exacte des points
d’eau, des secteurs giboyeux, des zones où pousse une végétation sauvage
comestible permet une augmentation sensible des rations. Le regroupement
détruit cette connaissance et augmente la densité humaine sur les terres « autorisées », dont les produits spontanés ne sont plus alors que quantité négligeable
pour chaque famille.
[...]. Atteints dans leur revenu, les fellahs le sont aussi dans leur dignité. Ils
sont placés vis-à-vis du commandement et du chef de SAS dans un état de
dépendance totale. Plus rien n’est à attendre de leur initiative.
Et tout contribue à ruiner leur prestige de chef de famille.
La quasi-totalité des « regroupés » ne bénéficiant pas de revenus salariaux, le seul recours est dans l’assistance. Le nombre des personnes
considérées comme totalement indigentes avoisine, fin 1958, les
200 000. Les rations distribuées dans les camps sont peu copieuses,
certains cas observés révélant qu’elles ne dépassent pas les onze kilos
d’orge par adulte et par mois. De surcroît, cette assistance, si insuffisante soit-elle, risque d’être interrompue par le départ d’un responsable
et de ne reprendre réellement que lors de la prise de fonction de son
successeur.
Observant que « l’aide apportée par l’ouverture de chantiers de chômage est sensiblement plus efficace », même si « les travaux effectués
ne sont que très rarement susceptibles de faire naître une activité économique », Michel Rocard conclura son rapport sur ce constat et cet
avertissement :
La situation alimentaire est donc préoccupante dans la quasi-totalité des
centres de regroupements. Des moyens d’existence doivent être à tout prix
fournis à ces populations pour éviter que l’expérience ne se termine en
catastrophe.
En dépit de certaines améliorations et de la réalisation de villages
comme ceux de Chéria et Zélemta (Mascara-région d’Oran), de Sahel
(Marengo et Blida-région d’Alger) et de Tiaouline (Palestro-région
d’Alger également) dont l’armée tirait fierté, la publication de rapports
comme celui de Michel Rocard et les remous qu’il provoqua n’eurent
