Du terrorisme à la répression
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Dans une interview avec un envoyé spécial de L’Echo d’Oran, en
janvier 195897, Maurice Papon, préfet Igame de Constantine, faisait le
point sur la situation dans l’Est algérien, se félicitait de « l’évolution
favorable à la cause française observée depuis plusieurs mois dans l’état
d’esprit des populations musulmanes », et donnait ce descriptif quasiment idyllique des conditions d’existence des populations musulmanes
dans les camps, en affirmant qu’elles venaient de leur plein gré se
mettre sous la protection de l’armée :
Un autre élément de succès sur lequel j’insiste : celui de notre politique de
regroupement, acte d’une très haute portée sociale et politique, dont les résultats préparent de profondes modifications dans l’Est algérien.
Fuyant les exactions et les menaces des hors-la-loi, de très nombreuses
populations musulmanes sont venues se réfugier autour de nos postes militaires, à l’ombre du drapeau. Nous les avons regroupées, en assumons la
charge [ce qui est bien le moindre /], leur préparons un avenir paisible et enfin
serein.
180 000 personnes ont été regroupées dans une cinquantaine de centres *
;
partout, à l’abri de hasard de quelque misérable toile de tente, se substitue le
village de pierre, solide et définitif, où la famille reprend chaleur, vie et
confiance. Les Centres d’EL-MiLiA, collo, djidjelli, notamment, ont déjà reçu
les visites du ministre résidant et les miennes. Le labeur se poursuit de jour
en jour ; partout aussi s’installent le médecin et l’instituteur. Ce fait social est
d’une importance capitale pour l’avenir.
* Ce chiffre est apparemment en dessous de la réalité, les statistiques du gouvernement général en
Algérie faisant état de 259 000 personnes «regroupées» dans le Constantinois au 1 janvier 1958.
Elles seront 300 000 en septembre, représentant plus de la moitié de l’ensemble de l’Algérie : 535 000.
Suivent, à la même époque (septembre 1958), l’Oranie avec 140 000 et 1 Algérois, 95 000.
On ne sera pas surpris que le FLN en général et le Croissant rouge
algérien en particulier donnent une version aux limites de l’apocalypse
des conditions de regroupement des populations musulmanes... Le
Dr Yahia, délégué du CRA de la wilaya 4, se livre à une charge violente
dans la longue et virulente missive qu’il adresse aux pères trappistes
après leur libération [cf. supra, p. 128 et suiv.] :
[...]. Vous ne pouvez rester indifférents devant le drame de ces deux millions de regroupés Algériens qui vivent dans des conditions misérables, dans
de véritables camps de concentration, sous la botte de l’armée qui se prétend
« civilisatrice », écrit le Dr yahia aux « Pères Luc et Mathieu ». Ce drame qui
dure depuis le début de la guerre a été dénoncé à maintes reprises. Nous
n’avons cessé d’attirer l’attention de la conscience humaine sur la situation
lamentable de ces regroupés, non pour inspirer la pitié, mais pour mettre fin
à cet état de fait. Certaines voix de la justice se sont élevées en faveur de ces
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