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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
malheureux Algériens. En dépit de ce cri d’alarme, la situation ne fait que
s’aggraver, d’autant que ces regroupements sont réalisés sous la contrainte et
la menace de la mitraillette et le canon, pour les besoins de la pacification. Il
serait vain de rechercher des justifications dans le caractère spontané de ces
« resserrements » de populations.
Le Dr Yahia se réfère aux témoignages d’observateurs étrangers qu’il
ne cite pas :
Savez-vous qu’à l’heure actuelle il existe 1 300 à 1 400 regroupements [...].
Ces centres représentent plus d’un million deux cent mille personnes [selon
les témoignages recueillis par le Dr Yahia, qui ajoute aussitôt que ce chiffre
est « bien inférieur à la réalité *
».]
* 1 500 000 fin, 1959, selon les sources fiables. Les services du délégué général du gouvernement,
Paul Delouvrier, s’inquiéteront d’ailleurs de cette concentration excessive de population.
Toujours selon selon ces sources étrangères :
[...] Près de collo, plus de 35 000 habitants de la région sont répartis dans
onze camps de regroupement. Ils vivent dans un état de dénuement absolu. Ils
sont entassés à quinze ou vingt dans de petites maisons en dur, sous des tentes
ou des huttes de roseaux et de bouse de vache. La nourriture est très insuffisante, puisque depuis des mois elle ne se compose que d’une ration quotidienne de 125 g de semoule, sans matière grasse, ni lait, ni sucre, ni savon.
Les vêtements sont inexistants. Les mères de famille, veuves en majorité, n’ont
aucun moyen pour raccommoder et encore moins pour acheter de quoi se
nourrir et se sentir au chaud.
Savez-vous, poursuit le Dr yahia, que sous-alimentés, sans hygiène et sans
médicaments ces regroupés sont la proie facile des maladies telles que tuberculose, typhoïde, toxicose... Les services de santé sont pratiquement inexistants...
Le délégué du Croissant rouge en appelle au témoignage du pasteur
des Églises réformées, Beaumont, dont il écrit qu’il a eu « comme tant
d’autres le mérite d’avoir osé dire la vérité sur ce drame » :
J’ai vu dans un centre cinq enfants qui mouraient littéralement de faim,
déclarera le pasteur beaumont ; un autre dont la mère m’a dit : « Il va mourir »,
et dont l’infirmier ajoutait en éclatant en sanglots : « Il n’y a plus rien à faire ».
J’ai vu aussi des enfants complètement rachitiques, paludéens, pour lesquels
il n’y avait pas de quinine et qui grelottaient à même le sol, sans couverture.
Dans certains centres, il n’y a pas une seule couverture, ou dans certains cas
une pour treize personnes sous une tente...
[...] Dans un autre centre créé en avril, ajoute le Dr yahia qui se réfère à
d’autres témoignages, il y avait 1 200 personnes ; le médecin ne vient qu’une
fois par semaine. Pratiquement pas de médicaments. Un enfant de treize ans,
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
malheureux Algériens. En dépit de ce cri d’alarme, la situation ne fait que
s’aggraver, d’autant que ces regroupements sont réalisés sous la contrainte et
la menace de la mitraillette et le canon, pour les besoins de la pacification. Il
serait vain de rechercher des justifications dans le caractère spontané de ces
« resserrements » de populations.
Le Dr Yahia se réfère aux témoignages d’observateurs étrangers qu’il
ne cite pas :
Savez-vous qu’à l’heure actuelle il existe 1 300 à 1 400 regroupements [...].
Ces centres représentent plus d’un million deux cent mille personnes [selon
les témoignages recueillis par le Dr Yahia, qui ajoute aussitôt que ce chiffre
est « bien inférieur à la réalité *
».]
* 1 500 000 fin, 1959, selon les sources fiables. Les services du délégué général du gouvernement,
Paul Delouvrier, s’inquiéteront d’ailleurs de cette concentration excessive de population.
Toujours selon selon ces sources étrangères :
[...] Près de collo, plus de 35 000 habitants de la région sont répartis dans
onze camps de regroupement. Ils vivent dans un état de dénuement absolu. Ils
sont entassés à quinze ou vingt dans de petites maisons en dur, sous des tentes
ou des huttes de roseaux et de bouse de vache. La nourriture est très insuffisante, puisque depuis des mois elle ne se compose que d’une ration quotidienne de 125 g de semoule, sans matière grasse, ni lait, ni sucre, ni savon.
Les vêtements sont inexistants. Les mères de famille, veuves en majorité, n’ont
aucun moyen pour raccommoder et encore moins pour acheter de quoi se
nourrir et se sentir au chaud.
Savez-vous, poursuit le Dr yahia, que sous-alimentés, sans hygiène et sans
médicaments ces regroupés sont la proie facile des maladies telles que tuberculose, typhoïde, toxicose... Les services de santé sont pratiquement inexistants...
Le délégué du Croissant rouge en appelle au témoignage du pasteur
des Églises réformées, Beaumont, dont il écrit qu’il a eu « comme tant
d’autres le mérite d’avoir osé dire la vérité sur ce drame » :
J’ai vu dans un centre cinq enfants qui mouraient littéralement de faim,
déclarera le pasteur beaumont ; un autre dont la mère m’a dit : « Il va mourir »,
et dont l’infirmier ajoutait en éclatant en sanglots : « Il n’y a plus rien à faire ».
J’ai vu aussi des enfants complètement rachitiques, paludéens, pour lesquels
il n’y avait pas de quinine et qui grelottaient à même le sol, sans couverture.
Dans certains centres, il n’y a pas une seule couverture, ou dans certains cas
une pour treize personnes sous une tente...
[...] Dans un autre centre créé en avril, ajoute le Dr yahia qui se réfère à
d’autres témoignages, il y avait 1 200 personnes ; le médecin ne vient qu’une
fois par semaine. Pratiquement pas de médicaments. Un enfant de treize ans,
