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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Cette opération porte sur 80 000 personnes et présente une dépense de
10 milliards environ. Elle exige d’être effectuée dans des délais très rapides
pour éviter des mouvements de populations vers la Tunisie.
Quarante mille personnes devront être évacuées à l’ouest d’une ligne
Bône, Tébessa et Négrine, l’autre moitié étant regroupée sur place.
Le ministère de l’Algérie a établi des prévisions de crédits sur la base
de 10 000 francs par personne pour le « déplacement », de 8 000 francs
pour le « recasement », et de 300 francs par jour au chapitre de la « vie
matérielle ». En ce qui concerne les « moyens de transport », les « bases
de calcul » sont de un camion pour dix personnes, soit : « 4 000 rotations de grande amplitude » et autant de « courte amplitude » qui « représentent un besoin de 10 000 camions jour, soit 1 000 camions
pendant dix jours ». « Les centres de regroupement encagés, ajoute
Salan, comprendront les habitations et le minimum de terrain nécessaire
à la vie des populations. Ils seront reliés entre eux par des routes où la
circulation sera rigoureusement contrôlée. » Et enfin : « Tout le terrain
non compris dans les encagements sera soumis aux feux terrestres et
aériens sans préavis. »
Centres de villégiature ou camps de concentration, nous exagérons à
peine en transmettant la double image qu’en donnent les extrêmes des
parties engagées dans le conflit.
Le général Desjours, qui avait, colonel, commandé le secteur de
Blida, apportait ces précisions d’un homme de terrain, et sans tomber
dans la première interprétation affirmait néanmoins que les personnes
déplacées accueillaient les décisions de l’armée avec soulagement96 :
Il convenait donc, dès les premiers beaux jours de 1957, et dès l’occupation
des postes, écrivait le général Desjours, d’entreprendre le déplacement des
populations. La tâche était ardue. En effet, si l’on pouvait leur faire valoir les
avantages qu’elles en tireraient, il fallait, en revanche, les faire rompre avec
leurs habitudes ancestrales, leur faire abandonner leurs maisons, sans doute
bien pauvres, leurs lopins de terre et ce qui y avait été planté [...].
Les commandants de quartier et les officiers de SAS travaillèrent ensemble
pour résoudre ce problème épineux du déplacement des populations, qu’en
réalité seules les unités militaires étaient capables de réaliser en apportant leur
aide et leur protection et en établissant les plans des nouveaux villages.
Cédant plus à la persuasion qu’à la contrainte, et compte tenu des menaces
et sévices qu’elles subissaient de la part des rebelles, les populations consentirent à déménager avec l’aide et sous la protection des troupes. On les vit
ainsi, après avoir rassemblé leurs affaires, démolir leurs mechtas en récupérant
soigneusement tuiles, charpentes et portes, transporter le tout à dos de mulets
ou de bourricots, cheminer en longues files les sentiers de montagne, puis
entreprendre la reconstruction à l’endroit précis qui leur était assigné...
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Cette opération porte sur 80 000 personnes et présente une dépense de
10 milliards environ. Elle exige d’être effectuée dans des délais très rapides
pour éviter des mouvements de populations vers la Tunisie.
Quarante mille personnes devront être évacuées à l’ouest d’une ligne
Bône, Tébessa et Négrine, l’autre moitié étant regroupée sur place.
Le ministère de l’Algérie a établi des prévisions de crédits sur la base
de 10 000 francs par personne pour le « déplacement », de 8 000 francs
pour le « recasement », et de 300 francs par jour au chapitre de la « vie
matérielle ». En ce qui concerne les « moyens de transport », les « bases
de calcul » sont de un camion pour dix personnes, soit : « 4 000 rotations de grande amplitude » et autant de « courte amplitude » qui « représentent un besoin de 10 000 camions jour, soit 1 000 camions
pendant dix jours ». « Les centres de regroupement encagés, ajoute
Salan, comprendront les habitations et le minimum de terrain nécessaire
à la vie des populations. Ils seront reliés entre eux par des routes où la
circulation sera rigoureusement contrôlée. » Et enfin : « Tout le terrain
non compris dans les encagements sera soumis aux feux terrestres et
aériens sans préavis. »
Centres de villégiature ou camps de concentration, nous exagérons à
peine en transmettant la double image qu’en donnent les extrêmes des
parties engagées dans le conflit.
Le général Desjours, qui avait, colonel, commandé le secteur de
Blida, apportait ces précisions d’un homme de terrain, et sans tomber
dans la première interprétation affirmait néanmoins que les personnes
déplacées accueillaient les décisions de l’armée avec soulagement96 :
Il convenait donc, dès les premiers beaux jours de 1957, et dès l’occupation
des postes, écrivait le général Desjours, d’entreprendre le déplacement des
populations. La tâche était ardue. En effet, si l’on pouvait leur faire valoir les
avantages qu’elles en tireraient, il fallait, en revanche, les faire rompre avec
leurs habitudes ancestrales, leur faire abandonner leurs maisons, sans doute
bien pauvres, leurs lopins de terre et ce qui y avait été planté [...].
Les commandants de quartier et les officiers de SAS travaillèrent ensemble
pour résoudre ce problème épineux du déplacement des populations, qu’en
réalité seules les unités militaires étaient capables de réaliser en apportant leur
aide et leur protection et en établissant les plans des nouveaux villages.
Cédant plus à la persuasion qu’à la contrainte, et compte tenu des menaces
et sévices qu’elles subissaient de la part des rebelles, les populations consentirent à déménager avec l’aide et sous la protection des troupes. On les vit
ainsi, après avoir rassemblé leurs affaires, démolir leurs mechtas en récupérant
soigneusement tuiles, charpentes et portes, transporter le tout à dos de mulets
ou de bourricots, cheminer en longues files les sentiers de montagne, puis
entreprendre la reconstruction à l’endroit précis qui leur était assigné...
