Du terrorisme à la répression
227
nients en l’absence de véritable regroupement : elles se trouvent sans abri et
sans stocks de ravitaillement à la veille du Ramadan ; elles ont dû abandonner
leurs semis de tabac qui avaient recommencé cette année après une interruption due aux ordres du FLN.
L’expulsion non préparée disperse des populations recensées par la SAS
compétente et qui commençaient à être bien en main, ce qui permettait d’espérer un véritable ralliement dans un avenir plus ou moins proche. En particulier
les Musulmans commençaient à apporter des renseignements sur les passages
des rebelles (un accrochage de convoi effectué il y a une dizaine de jours
venait d’un de ces renseignements).
Ainsi, non seulement on jette sur les chemins un millier de musulmans, et peut-être davantage, sans qu’ils aient eu le temps de parer au
plus pressé, mais on brûle de surcroît leurs maisons ! Image édifiante
de l’œuvre civilisatrice de la France en Algérie... On les jette sur les
chemins, sans avoir préparé leur « regroupement », double faute selon
l’auteur de cette note qui ajoute à ce tableau humainement scandaleux
le regret... du technicien : ces gens ont été contraints à l’exode au
moment où l’on commençait à les « avoir bien en main », à espérer leur
ralliement et à exploiter leurs renseignements contre les rebelles.
Nous ignorons ce qu’il advint des populations de Bou-Zegza et si un
centre de regroupement finit par les accueillir, ce qui est somme toute
vraisemblable. Sans doute allèrent-elles grossir les centres ou villages
qui se multiplièrent en Algérie dans le prolongement des opérations
militaires contre les rebelles, et de la création des zones déclarées « interdites ». Les centres de regroupement se développent essentiellement
à compter du milieu de 1957, parallèlement à l’augmentation des effectifs qui en facilite la surveillance, et en relation directe avec les travaux
d’édification des barrages sur les frontières Ouest et Est de l’Algérie.
Selon des chiffres officiels, près de deux millions de civils musulmans
ont été regroupés pendant la guerre. On en comptait 237 000 au 1er juin
1957, 535 000 au 1er septembre 1958 et 1,73 millions en I96094.
Dans une communication du 20 février 1958, le général Salan adresse
au ministre de la Défense nationale un descriptif du projet de « l’organisation de la zone située entre le barrage et la frontière tunisienne [...]
sur une largeur d’environ douze kilomètres95 ». Le général Salan précise que « l’impossibilité de supprimer toute végétation et toute habitation entre la ligne des postes et la frontière » l’a conduit à envisager un
certain nombre de mesures concernant la zone interdite, et en particulier
l’« évacuation des populations » :
Les populations entre la frontière et la ligne des postes précédemment définis seront ou maintenues et regroupées dans certains centres de colonisation
conservés à l’intérieur de cette zone, ou évacuées à 1 Ouest du barrage.
Précédent

- 222/420

Suivant