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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Dans un premier temps, l’OR pose ses questions sous la forme « traditionnelle » en les accompagnant de coups de poing et de pied ; l’agent provocateur
ou l’indicateur est souvent utilisé au préalable pour des accusations précises...
et préfabriquées. On passe ensuite à la torture proprement dite, à savoir :
— la pendaison (par les pieds et par les mains), généralement par les mains
liées derrière le dos, quelquefois pendant des heures,
— le supplice de l’eau (trois sortes : sur le visage, front, nez, bouche,
gonflage à l’eau à plusieurs reprises, jets à la pression),
— l’électricité (électrodes fixées aux oreilles et aux doigts),
— brûlures (cigarettes, etc.).
Tous ceux qui y sont passés sont unanimes à dire :
— que ces tortures font dire n’importe quoi à n’importe qui,
— que les cas de folie sont fréquents,
— que les traces, cicatrices, suites et conséquences sont durables, certaines
même permanentes (troubles nerveux, par exemple), et donc aisément décelables. Plusieurs « suspects » sont morts chez eux le lendemain de leur retour.
Ces interrogatoires sont souvent repris à plusieurs jours d’intervalle.
Entre-temps, les suspects sont emprisonnés sans nourriture dans des cellules
dont certaines ne permettent pas de s’allonger. Précisons qu’il y a parmi eux
de très jeunes adolescents et des vieillards de soixante-quinze, quatre-vingts
ans et plus.
A l’issue des interrogatoires et de l’emprisonnement, le suspect peut être :
— libéré (c’est souvent le cas des femmes et aussi de ceux qui peuvent
payer : 400 000 francs, au minimum),
— ou interné dans un centre dit « d’hébergement » (au Hamma-Plaisance,
notamment),
— ou encore considéré comme « disparu » (lorsqu’il est mort des suites de
l’interrogatoire ou abattu en « corvée de bois » aux environs de la ville). Des
cadavres de suspects exécutés pour « tentative de faite » ont été exposés à de
nombreuses reprises devant des soldats du contingent et les autres prisonniers.
[...]
La « compagnie de servitudes » de la centaine, composée de jeunes du
contingent, est au courant, voit, garde, surveille, mais ne procède pas aux
interrogatoires.
Des chiffres
La capacité du « centre », entré en activité en 1957, est de 500 à 600 personnes, et il paraît fonctionner à plein rendement en permanence.
Depuis sa constitution, il a :
contrôlé (moins de huit jours de prison) 108 175 personnes,
fiché 11518 Algériens comme militants nationalistes sur le secteur,
gardé pour des séjours de plus de huit jours 7 363 personnes,
interné au Hamma 789 suspects.
Les avocats de ce secteur ne demandent jamais à la justice militaire l’acquittement de leurs clients, car l’acquittement signifie l’internement « administratif» et ses suites logiques, alors que la condamnation, c’est la « sécurité » de
la prison où un prisonnier ne peut plus « disparaître ».
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Dans un premier temps, l’OR pose ses questions sous la forme « traditionnelle » en les accompagnant de coups de poing et de pied ; l’agent provocateur
ou l’indicateur est souvent utilisé au préalable pour des accusations précises...
et préfabriquées. On passe ensuite à la torture proprement dite, à savoir :
— la pendaison (par les pieds et par les mains), généralement par les mains
liées derrière le dos, quelquefois pendant des heures,
— le supplice de l’eau (trois sortes : sur le visage, front, nez, bouche,
gonflage à l’eau à plusieurs reprises, jets à la pression),
— l’électricité (électrodes fixées aux oreilles et aux doigts),
— brûlures (cigarettes, etc.).
Tous ceux qui y sont passés sont unanimes à dire :
— que ces tortures font dire n’importe quoi à n’importe qui,
— que les cas de folie sont fréquents,
— que les traces, cicatrices, suites et conséquences sont durables, certaines
même permanentes (troubles nerveux, par exemple), et donc aisément décelables. Plusieurs « suspects » sont morts chez eux le lendemain de leur retour.
Ces interrogatoires sont souvent repris à plusieurs jours d’intervalle.
Entre-temps, les suspects sont emprisonnés sans nourriture dans des cellules
dont certaines ne permettent pas de s’allonger. Précisons qu’il y a parmi eux
de très jeunes adolescents et des vieillards de soixante-quinze, quatre-vingts
ans et plus.
A l’issue des interrogatoires et de l’emprisonnement, le suspect peut être :
— libéré (c’est souvent le cas des femmes et aussi de ceux qui peuvent
payer : 400 000 francs, au minimum),
— ou interné dans un centre dit « d’hébergement » (au Hamma-Plaisance,
notamment),
— ou encore considéré comme « disparu » (lorsqu’il est mort des suites de
l’interrogatoire ou abattu en « corvée de bois » aux environs de la ville). Des
cadavres de suspects exécutés pour « tentative de faite » ont été exposés à de
nombreuses reprises devant des soldats du contingent et les autres prisonniers.
[...]
La « compagnie de servitudes » de la centaine, composée de jeunes du
contingent, est au courant, voit, garde, surveille, mais ne procède pas aux
interrogatoires.
Des chiffres
La capacité du « centre », entré en activité en 1957, est de 500 à 600 personnes, et il paraît fonctionner à plein rendement en permanence.
Depuis sa constitution, il a :
contrôlé (moins de huit jours de prison) 108 175 personnes,
fiché 11518 Algériens comme militants nationalistes sur le secteur,
gardé pour des séjours de plus de huit jours 7 363 personnes,
interné au Hamma 789 suspects.
Les avocats de ce secteur ne demandent jamais à la justice militaire l’acquittement de leurs clients, car l’acquittement signifie l’internement « administratif» et ses suites logiques, alors que la condamnation, c’est la « sécurité » de
la prison où un prisonnier ne peut plus « disparaître ».
