Du terrorisme à la répression
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je crois avoir bousculé en me retournant le gros « para » qui était assis sur
moi. Toute mouillée, je me rhabillais, ils me bâillonnèrent et je fus jetée au
fond d’une voiture. Ils parlaient de m’égorger dans un coin de campagne :
« Un coup des fellaghas », disaient-ils. Arrêt sur le bord de la route. Dans un
fossé, trois hommes sur moi, étranglement et poignard sur ma poitrine,
menaces et questions...
Jeudi 4, matin 8 heures, cagoule, je me retrouvais dans la petite cour mauresque, debout, les bras en l’air, je fus attachée par des menottes au barreau
le plus élevé d’une échelle. Je devais rester dans cette position toute la journée
jusqu’à 8 heures du soir, soit douze heures sans arrêt. Consignes aux gardes
qui se relayaient : ne pas me parler, ne pas me laisser m’asseoir ou poser le
pied sur un échelon, ne pas me donner à boire. L’un des bourreaux est venu
me voir à 14 heures ; il mangeait une orange. Sans me détacher, questions à
nouveau, étranglement contre le mur jusqu’à évanouissement, coups à la tête
et frottements des coudes contre le mur : « Je ne reviendrai qu’à 8 heures
puisque tu ne veux rien dire... »
Vendredi 5, dans l’après-midi, amenée, traînée plutôt car mon corps était
tout paralysé, devant le capitaine : « Tu parles ?» — « Non. » Retour immédiat en cellule dans la même position, menottes serrées au dernier cran, corde
encore plus courte liant mon pied aux mains. Mon genou était extrêmement
douloureux, ma jambe repliée me faisait souffrir et lorsque, par épuisement,
je m’endormais quelques minutes, le réveil était torturant à hurler parce que
c’était toujours sur la même épaule que reposait mon poids. D’ailleurs, je
délirais très fort et les gardes venaient me voir. Je reprenais conscience, je
ressentais une fatigue intense dans tout le corps et j’avais soif, soif, soif, soif.
Avec tout cela j’avais mes règles. Je suis restée comme cela, par conséquent,
deux nuits et un jour.
Samedi 6, torture terminée, conduite par l’un de mes bourreaux pour boire un
café au lait, pour me laver. Je marchais très difficilement. Je n’arrivais pas à manger tant je suffoquais et pleurais nerveusement. Je fus incapable de me peigner ;
un para me peigna en me demandant : « Je ne te fais pas mal, au moins ? C’est
hier que tu es arrivée, n’est-ce pas ? » Il me sortit dans le jardin, mais je demandai
à rentrer en cellule, incapable de supporter la lumière. J’étais épuisée.
Les Cahiers du Témoignage chrétien (n° XXXVIII, 1957) font
connaître, à l’appui de la campagne de l’hebdomadaire, les lettres de
Jean Muller, tué en Algérie, sous le titre « De la pacification à la
répression ».
L’Express, France-Observateur, Le Monde, L’Humanité, Témoignage chrétien, La Croix, pour ne citer que les médias les plus importants, avancent des preuves et lancent des accusations très graves. Le
8 mars 1957 a commencé dans L'Express, sous la signature d’un de ses
cofondateurs, Jean-Jacques Servan-Schreiber, une série d’articles titrés
« Un rappelé parle — Lieutenant en Algérie » qui ont un grand retentissement. Dans la lettre de soutien qu’il adresse à Jean-Jacques Servan-
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je crois avoir bousculé en me retournant le gros « para » qui était assis sur
moi. Toute mouillée, je me rhabillais, ils me bâillonnèrent et je fus jetée au
fond d’une voiture. Ils parlaient de m’égorger dans un coin de campagne :
« Un coup des fellaghas », disaient-ils. Arrêt sur le bord de la route. Dans un
fossé, trois hommes sur moi, étranglement et poignard sur ma poitrine,
menaces et questions...
Jeudi 4, matin 8 heures, cagoule, je me retrouvais dans la petite cour mauresque, debout, les bras en l’air, je fus attachée par des menottes au barreau
le plus élevé d’une échelle. Je devais rester dans cette position toute la journée
jusqu’à 8 heures du soir, soit douze heures sans arrêt. Consignes aux gardes
qui se relayaient : ne pas me parler, ne pas me laisser m’asseoir ou poser le
pied sur un échelon, ne pas me donner à boire. L’un des bourreaux est venu
me voir à 14 heures ; il mangeait une orange. Sans me détacher, questions à
nouveau, étranglement contre le mur jusqu’à évanouissement, coups à la tête
et frottements des coudes contre le mur : « Je ne reviendrai qu’à 8 heures
puisque tu ne veux rien dire... »
Vendredi 5, dans l’après-midi, amenée, traînée plutôt car mon corps était
tout paralysé, devant le capitaine : « Tu parles ?» — « Non. » Retour immédiat en cellule dans la même position, menottes serrées au dernier cran, corde
encore plus courte liant mon pied aux mains. Mon genou était extrêmement
douloureux, ma jambe repliée me faisait souffrir et lorsque, par épuisement,
je m’endormais quelques minutes, le réveil était torturant à hurler parce que
c’était toujours sur la même épaule que reposait mon poids. D’ailleurs, je
délirais très fort et les gardes venaient me voir. Je reprenais conscience, je
ressentais une fatigue intense dans tout le corps et j’avais soif, soif, soif, soif.
Avec tout cela j’avais mes règles. Je suis restée comme cela, par conséquent,
deux nuits et un jour.
Samedi 6, torture terminée, conduite par l’un de mes bourreaux pour boire un
café au lait, pour me laver. Je marchais très difficilement. Je n’arrivais pas à manger tant je suffoquais et pleurais nerveusement. Je fus incapable de me peigner ;
un para me peigna en me demandant : « Je ne te fais pas mal, au moins ? C’est
hier que tu es arrivée, n’est-ce pas ? » Il me sortit dans le jardin, mais je demandai
à rentrer en cellule, incapable de supporter la lumière. J’étais épuisée.
Les Cahiers du Témoignage chrétien (n° XXXVIII, 1957) font
connaître, à l’appui de la campagne de l’hebdomadaire, les lettres de
Jean Muller, tué en Algérie, sous le titre « De la pacification à la
répression ».
L’Express, France-Observateur, Le Monde, L’Humanité, Témoignage chrétien, La Croix, pour ne citer que les médias les plus importants, avancent des preuves et lancent des accusations très graves. Le
8 mars 1957 a commencé dans L'Express, sous la signature d’un de ses
cofondateurs, Jean-Jacques Servan-Schreiber, une série d’articles titrés
« Un rappelé parle — Lieutenant en Algérie » qui ont un grand retentissement. Dans la lettre de soutien qu’il adresse à Jean-Jacques Servan-
