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Le livre noir de la guerre d’ Algcrie
Leur fréquence, leur répartition géographique et leur importance montrent clairement qu’il ne s’agit pas de faits isolés. Un certain nombre de ces faits ont
été commis par des militaires, souvent d’une façon ouverte, et avec l’assentiment tacite du haut commandement...
Mais Jacques Delarue qui publie ce rapport in extenso90 affirme qu’il
ne parviendra jamais à la connaissance de Robert Verdier parce qu’il
sera écarté par des intermédiaires attentifs à lui cacher son contenu.
C’est véritablement en mars 1957, au moment de la « Bataille d’Alger », que commence la campagne contre la torture et les exactions de
certains éléments de l’armée. Longtemps et intentionnellement retardé,
comme nous l’indiquions précédemment, le rapport de la commission
d’enquête finira par paraître dans Le Monde du 14 décembre 1957. Le
« comité de défense des enseignants » publie au premier trimestre 1958,
sous le titre «L’affaire des enseignants d’Alger», un ensemble de
documents et de témoignages sur la torture, dont celui d’une étudiante
européenne suspectée de sympathie pro-FLN qui fut arrêtée dans la rue
par les parachutistes, puis transférée le 2 avril 1957 à la trop « célèbre »
villa Sésini91. Les femmes y sont nombreuses et soumises aux mêmes
traitements que les hommes :
[...]. On me fit mettre nue, mains liées dans le dos, pieds liés, enveloppée
dans une couverture et ficelée par terre, un chiffon appliqué sur la bouche. Le
supplice de l’eau commençait. Ils étaient plusieurs à me maintenir, dont un
très lourd sur mon estomac. Arrêt lorsque je souffrais trop pour me poser des
questions, et cela recommençait jusqu’à évanouissement. J’ai repris conscience
sur le côté, je vomissais d’énormes quantités d’eau. Ils m’avaient enlevé la
cagoule et je pouvais voir les paras qui m’entouraient : c’était dans une petite
cour mauresque avec, au milieu, un bassin à poissons rouges tellement paisibles, et c’était leur eau qu’ils utilisaient. Enfin, arrêt ; déficelée, pliée en
deux pour vomir encore, rhabillée avec leur aide. Après cela, interrogatoire à
nouveau dans les bureaux ; gifles jusqu’à saignement de nez, conduite en cellule au secret.
Mercredi 3, matin, interrogatoire dans le bureau, coups sur la figure, tête
cognée contre le mur, coups à l’estomac, étranglements, gifles jusqu’à saignement de nez...
Le soir, amenée, cagoule sous laquelle on peut à peine respirer, mise nue,
torture à l’électricité sur tout le corps avec menaces : « Il fait nuit, personne
ne sait que tu es là, tu parleras ou on te tuera. » L’un des bourreaux demandait
que l’on me mît l’électricité dans le sexe, un autre faisait le simulacre de me
couper le bout du sein. En plus des secousses électriques, je suffoquais sous
la cagoule et sous une main qui étouffait mes cris. Je fus relevée et une séance
d’étranglement contre le mur suivit. Et toujours la même question m’était
posée : « Tu parles ? ». Puis ce fut le gonflage à l’eau. Arrêt pour questions à
nouveau, reprise avec en plus l’électricité sur la figure mouillée ; de douleur,
Le livre noir de la guerre d’ Algcrie
Leur fréquence, leur répartition géographique et leur importance montrent clairement qu’il ne s’agit pas de faits isolés. Un certain nombre de ces faits ont
été commis par des militaires, souvent d’une façon ouverte, et avec l’assentiment tacite du haut commandement...
Mais Jacques Delarue qui publie ce rapport in extenso90 affirme qu’il
ne parviendra jamais à la connaissance de Robert Verdier parce qu’il
sera écarté par des intermédiaires attentifs à lui cacher son contenu.
C’est véritablement en mars 1957, au moment de la « Bataille d’Alger », que commence la campagne contre la torture et les exactions de
certains éléments de l’armée. Longtemps et intentionnellement retardé,
comme nous l’indiquions précédemment, le rapport de la commission
d’enquête finira par paraître dans Le Monde du 14 décembre 1957. Le
« comité de défense des enseignants » publie au premier trimestre 1958,
sous le titre «L’affaire des enseignants d’Alger», un ensemble de
documents et de témoignages sur la torture, dont celui d’une étudiante
européenne suspectée de sympathie pro-FLN qui fut arrêtée dans la rue
par les parachutistes, puis transférée le 2 avril 1957 à la trop « célèbre »
villa Sésini91. Les femmes y sont nombreuses et soumises aux mêmes
traitements que les hommes :
[...]. On me fit mettre nue, mains liées dans le dos, pieds liés, enveloppée
dans une couverture et ficelée par terre, un chiffon appliqué sur la bouche. Le
supplice de l’eau commençait. Ils étaient plusieurs à me maintenir, dont un
très lourd sur mon estomac. Arrêt lorsque je souffrais trop pour me poser des
questions, et cela recommençait jusqu’à évanouissement. J’ai repris conscience
sur le côté, je vomissais d’énormes quantités d’eau. Ils m’avaient enlevé la
cagoule et je pouvais voir les paras qui m’entouraient : c’était dans une petite
cour mauresque avec, au milieu, un bassin à poissons rouges tellement paisibles, et c’était leur eau qu’ils utilisaient. Enfin, arrêt ; déficelée, pliée en
deux pour vomir encore, rhabillée avec leur aide. Après cela, interrogatoire à
nouveau dans les bureaux ; gifles jusqu’à saignement de nez, conduite en cellule au secret.
Mercredi 3, matin, interrogatoire dans le bureau, coups sur la figure, tête
cognée contre le mur, coups à l’estomac, étranglements, gifles jusqu’à saignement de nez...
Le soir, amenée, cagoule sous laquelle on peut à peine respirer, mise nue,
torture à l’électricité sur tout le corps avec menaces : « Il fait nuit, personne
ne sait que tu es là, tu parleras ou on te tuera. » L’un des bourreaux demandait
que l’on me mît l’électricité dans le sexe, un autre faisait le simulacre de me
couper le bout du sein. En plus des secousses électriques, je suffoquais sous
la cagoule et sous une main qui étouffait mes cris. Je fus relevée et une séance
d’étranglement contre le mur suivit. Et toujours la même question m’était
posée : « Tu parles ? ». Puis ce fut le gonflage à l’eau. Arrêt pour questions à
nouveau, reprise avec en plus l’électricité sur la figure mouillée ; de douleur,
