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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
remarqué une « forte concentration de fellaghas dans la mine désaffectée à
1 km 500 du village ». C’est sur cet objectif, ajoutent-ils, qu’ils ont principalement orienté leur tir.
Pas plus que dans le village proprement dit, il n’y a de poste de DCA, ni
de « camp rebelle ». Par contre, il existe bien une école. C’est sur cet « objectif» que les « valeureux pilotes français » purent, sans trop de risques, ternir
à jamais le peu d’honneur qu’ils s’évertuent à sauvegarder, depuis qu’ils utilisent leurs compétences pour bombarder les peuples coloniaux sans défense.
Tout autour du bâtiment, des branches brisées pendent lamentablement. Certains arbres sont complètement déracinés. Le plafond de la classe est complètement effondré, la porte et les fenêtres ont volé en éclats. Des cahiers couverts
de plâtre et de poussière sont encore sur les pupitres, les cartables sont restés
dans les cases. Au tableau noir un avion (« thaïra » en arabe) est dessiné pour
illustrer la leçon sur la lettre « tha ». Il semble que la mort vient à peine de
frapper ici et le souffle des trente écoliers paraît encore palpiter dans cette
atmosphère empoussiérée.
« On dément comme dénuée de tout fondement la nouvelle de source tunisienne, suivant laquelle une école aurait été visée et que des enfants aient été
victimes des avions français», écrivaient textuellement dans une mise au
point, les services français de la 10e Région militaire.
Dans une ferme des environs où les morts furent rassemblés, c’est un spectacle hallucinant qui s’offre au visiteur. Soixante-dix cadavres sont là, dans
l’attitude même où mitrailles et bombes françaises les ont surpris. Sauf un
douanier, tous sont des civils, commerçants du village, agriculteurs de la
région venus faire leur marché. Il y en a de tous âges, des vieux, des adolescents, des femmes, des enfants, quelques hommes mûrs. Certaines petites victimes sont drapées d’un linceul blanc, d’autres portent encore leur tenue de
tous les jours ; « kachabya » des petits campagnards, tabliers de écoliers. Plusieurs masses informes sont enveloppées dans des carrés de tissus, le sang
suinte : ce sont les cadavres des victimes déchiquetées dont il a fallu ramasser
les morceaux épars. Plus loin, c’est un homme robuste qu’une balle de mitrailleuse lourde a dû frapper de plein fouet. Il est là, étendu, avec au front un trou
béant d’une dizaine de centimètres par lequel la cervelle s’est écoulée. A sa
droite, des petits pieds chaussés de sandales émergent d’une couverture grise :
l’enfant ne doit pas avoir plus de six ans.
Près du pilier du hangar, deux planches surélevées soutiennent un amas sans
forme, duquel s’échappent des bribes de tissu noirci. On soulève le voile et
l’on recule, saisi d’horreur. Ce qui fut un être humain n’est plus qu’un tas de
charbon. Une seule tache claire dans cette masse calcinée : les dents jaunies
par le feu qui a complètement calciné les lèvres, les joues, le nez, les paupières.
Dans un coin, une jeune femme, belle par-delà la mort, laisse paraître son
visage fin de bédouine qu’encadrent ses longs cheveux noirs libérés d’un bandeau de satin.
Une vieille lève le bras à hauteur du visage comme pour se préserver d’une
terrible vision.
Lorsque la prière des morts récitée, on transporte les cadavres au cimetière,
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