Du terrorisme à la répression
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du Nord. Lorsque depuis trois ans nous dénoncions cette barbarie, nous ne
sacrifions pas à l’emportement, aux excès de colère ou à une basse propagande. Nous appliquons tout juste aux faits les qualificatifs adéquats.
Cette fois-ci, la presse étrangère, des témoins aussi dignes de foi que les
représentants de la Croix-Rouge internationale étaient présents sur les lieux.
Ils ont pu constater par eux-mêmes comment la France s’y prend pour mener
sa guerre d’extermination contre les peuples qui entendent se débarrasser de
son oppression. L’opinion mondiale saura maintenant que nous n’avons pas
besoin d’exagérer nos propos, de noircir le tableau pour décrire le visage
hideux de l’occupant français ; la réalité montre suffisamment à quel degré de
fureur homicide s’est élevée une France enragée par le virus colonial.
Après que ses bombardiers eurent déversé pendant plus d’une heure des
tonnes de bombes sur le village, le commandant français déclarait : « Les tirs
de ripostes [sic, dans le texte] des avions français ont été essentiellement
dirigés contre une forte concentration de fellaghas constatée dans une mine
désaffectée située à 1,500 km au sud de l’agglomération de Sakiet... D’après
les renseignements ramenés par les observateurs de la force aérienne, le camp
rebelle a été détruit à cinquante pour cent. »
Journalistes, cinéastes, Tunisiens, Français, étrangers accoururent sur les
lieux. Ils avaient la possibilité quelques heures après le communiqué français
d’en vérifier les assertions. Ils auraient dû constater les débris du camp « rebelle », les vestiges des « postes de DCA » détruits, les cadavres des « fellaghas ».
En fait, qu’y ont-ils vu ?
Le marché, le matin encore paisible, est aux trois quarts en ruine.
Les poteaux et les fils téléphoniques jonchent les rues au milieu d’un fatras
de pierres et de poutres projetées par les déflagrations. Des boutiques saccagées laissent paraître dans cet enchevêtrement indescriptible, des boîtes de lait
crevées au milieu des sacs de semoule éventrés, des légumes secs, des épices,
des boîtes de sucre éparpillées sur le sol. Les marchandises les plus variées
que les petits commerçants des campagnes, obligés de satisfaire aux demandes
les plus diverses, tiennent dans leurs humbles boutiques, se trouvent mêlées
aux tuiles des toits effondrés. Huile et pétrole continuent de couler dans les
canivaux de la rue principale, laissant flotter une âcre odeur sur les lieux vingtquatre heures après le passage des avions meurtriers. La place du marché qui,
aux dires du communiqué officiel français, fut le point stratégique est parsemée de gros cratères creusés par les chapelets de bombes. En fait des « débris
de postes de DCA », les témoins n’ont trouvé sur les lieux que des paquets de
navets, des bottes de carottes, et quelques autres légumes verts qui commençaient à se faner au soleil.
Le seul matériel d’apparence militaire est constitué précisément par un
convoi de la Croix-Rouge international et du Croissant rouge tunisien. Les
aviateurs français n’eurent aucun respect pour la haute mission humanitaire de
ces organismes et lâchèrent leurs engins de mort sur ces voitures avec 1 indifférence méprisante qu’ils ont coutume d’afficher lorsqu ils sèment le deuil et la
désolation à la frontière.
Mais les services bien renseignés du général salan avaient, affirment-ils,
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