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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Le ravitaillement en armes, par l’intermédiaire de la Tunisie, reste pour la
rébellion le problème principal, écrit-il dans sa « Note de synthèse » de février.
À cet égard, le bombardement de Sakiet-Sidi-Youssef a eu une influence heureuse sur la situation au cours du mois. Il a en effet jeté la perturbation dans le
dispositif rebelle en Tunisie et amène le FLN, sous la pression de Bourguiba, à
brusquer le retour en Algérie de ses effectifs instruits...
Un optimisme que Robert Lacoste ne semble guère partager... Il
revient d’une tournée d’inspection dans la région d’Aïn-Beida où il a
entendu le colonel Bigeard lui expliquer les problèmes auxquels l’armée
est confrontée face aux incursions constantes de l’ALN de l’extérieur
sur la frontière Est... « On fait ce qu’on peut, avait dit le colonel au
ministre résidant, on fait ce qu’on peut, on se bat bien, mais on en
prend plein la gueule. Et ça vient de Tunisie ! » Lacoste avait répondu,
indiquant, comme on pouvait le supposer, la marche à suivre : « Votre
but, votre travail est de mettre un terme aux entreprises que favorise le
gouvernement tunisien... » Mais quant à envoyer vingt-cinq appareils
bombarder un village de l’ancien protectorat pour éliminer les risques
d’intervention, il y avait des limites à ne pas franchir... « Ils sont vraiment trop cons ! » s’exclame le ministre résidant lorsqu’il apprend la
nouvelle.
El Moudjahid, « Organe central du Front de libération nationale algérienne », partage cette opinion, mais l’exprime, on s’en doute, sur un
autre registre. Il consacre son numéro 18 du 15 février à l’événement
sous la forme d’un reportage qui puise dans toutes les recettes de la
guerre psychologique. L’affrontement se situe aussi sur ce terrain. Les
nationalistes l’ont compris, qui ne laissent pas l’avantage à l’adversaire.
Ce serait une erreur de croire que l’organe du FLN est en quoi que
ce soit gêné par la clandestinité à laquelle il est contraint. Il a d’ailleurs
su déjouer les perquisitions et renaître de ses cendres depuis sa création
en mai 1956, versions française et arabe, sous la direction d’Abbane
Ramdane. Sa diffusion est précisément ciblée, atteignant tous les
milieux politiques et syndicaux français, les diverses confessions religieuses, bibliothèques, personnalisant les envois par un choix judicieux
des journalistes d’influence.
« L’agression française contre la Tunisie : Le village martyr », titre
donc El Moudjahid :
L’agression préméditée dont a été victime le village de sakiet-sidi-youssef
dans la matinée du 8 février 1958 a démontré, une fois de plus et d’une
manière irréfutable, l’action criminelle des gouvernements français en Afrique
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