Du terrorisme à la répression
205
Et le gouvernement est renvoyé une fois de plus devant ses responsabilités...
Il prendra les mesures qu’il jugera opportunes, soit pour sanctionner les
erreurs ou réprimer les infractions à la loi qui lui ont été signalées, soit pour
faire ouvrir des instructions judiciaires. En ce qui touche les internements
administratifs, il décidera s’il convient de donner aux internés des garanties
qui ne leur sont pas assurées à l’heure actuelle et d’améliorer, comme la
Commission de sauvegarde le suggère, les organismes de contrôle des internements afin de n’encourir en aucun cas le reproche de laisser libre cours à
l’arbitraire.
Il aura également à examiner si des mesures ne devraient pas être ordonnées
pour que le temps qui s’écoule entre l’arrestation par les autorités policières
et militaires d’un suspect et son transfert à la justice régulière soit réduit autant
que possible...
[...] Le chef du gouvernement appréciera si les rapports doivent être publiés.
Il dira aussi s’il désire que, conformément à son titre, la Commission, persuadée d’avoir accompli aujourd’hui sa mission, reste permanente...
La Commission de sauvegarde des droits et des libertés individuels
avait effectué un très bon et honnête travail, trop souvent oublié, étudié
dans le détail et éclairé, sans en omettre aucun, les problèmes de
conscience très graves et fondamentaux qui se posaient aux Français et
à leurs gouvernants depuis l’origine de la guerre d’Algérie. Grâce à
elle, les Français savaient, on a eu trop tendance à l’oublier aujourd’hui,
et il n’a pas dépendu d’elle que les deux camps mettent un terme au
conflit. Mais les membres de la Commission de sauvegarde, quelque
peu aveuglés par leurs respectables préoccupations légalistes, ne pouvaient ignorer le caractère unique d’un combat où s’imposaient, au
regard de ceux qui en avaient la charge, l’efficacité et le résultat.
Bourgès-Maunoury avait choisi l’esquive, Félix Gaillard, qui lui a
succédé, marche sur ses pas... Ni les rapports séparés des commissaires,
ni le rapport de synthèse ne seront connus par la voie officielle. Il
faudra attendre la publication du Monde, ce 14 décembre 1957, donc
neuf mois après que Pierre Béteille eut remis son document au président
du Conseil, pour que le public soit informé de son contenu. La vérité
était en marche, et il est vrai que rien ne l’arrêterait. Robert Lacoste
l’acceptait sans contester, mais s’empressait de remettre en circulation,
en forme de contre-feu, une brochure consacrée aux « Aspects véritables de la révolution algérienne» qu’il avait publiée pendant 1 été
précédent. C’était utile et de bonne guerre, mais la guerre, elle-même
continuait avec son cortège d’exactions, comme si rien ne s était passé.
205
Et le gouvernement est renvoyé une fois de plus devant ses responsabilités...
Il prendra les mesures qu’il jugera opportunes, soit pour sanctionner les
erreurs ou réprimer les infractions à la loi qui lui ont été signalées, soit pour
faire ouvrir des instructions judiciaires. En ce qui touche les internements
administratifs, il décidera s’il convient de donner aux internés des garanties
qui ne leur sont pas assurées à l’heure actuelle et d’améliorer, comme la
Commission de sauvegarde le suggère, les organismes de contrôle des internements afin de n’encourir en aucun cas le reproche de laisser libre cours à
l’arbitraire.
Il aura également à examiner si des mesures ne devraient pas être ordonnées
pour que le temps qui s’écoule entre l’arrestation par les autorités policières
et militaires d’un suspect et son transfert à la justice régulière soit réduit autant
que possible...
[...] Le chef du gouvernement appréciera si les rapports doivent être publiés.
Il dira aussi s’il désire que, conformément à son titre, la Commission, persuadée d’avoir accompli aujourd’hui sa mission, reste permanente...
La Commission de sauvegarde des droits et des libertés individuels
avait effectué un très bon et honnête travail, trop souvent oublié, étudié
dans le détail et éclairé, sans en omettre aucun, les problèmes de
conscience très graves et fondamentaux qui se posaient aux Français et
à leurs gouvernants depuis l’origine de la guerre d’Algérie. Grâce à
elle, les Français savaient, on a eu trop tendance à l’oublier aujourd’hui,
et il n’a pas dépendu d’elle que les deux camps mettent un terme au
conflit. Mais les membres de la Commission de sauvegarde, quelque
peu aveuglés par leurs respectables préoccupations légalistes, ne pouvaient ignorer le caractère unique d’un combat où s’imposaient, au
regard de ceux qui en avaient la charge, l’efficacité et le résultat.
Bourgès-Maunoury avait choisi l’esquive, Félix Gaillard, qui lui a
succédé, marche sur ses pas... Ni les rapports séparés des commissaires,
ni le rapport de synthèse ne seront connus par la voie officielle. Il
faudra attendre la publication du Monde, ce 14 décembre 1957, donc
neuf mois après que Pierre Béteille eut remis son document au président
du Conseil, pour que le public soit informé de son contenu. La vérité
était en marche, et il est vrai que rien ne l’arrêterait. Robert Lacoste
l’acceptait sans contester, mais s’empressait de remettre en circulation,
en forme de contre-feu, une brochure consacrée aux « Aspects véritables de la révolution algérienne» qu’il avait publiée pendant 1 été
précédent. C’était utile et de bonne guerre, mais la guerre, elle-même
continuait avec son cortège d’exactions, comme si rien ne s était passé.
