Du terrorisme à la répression
201
Pierre Béteille cite les noms des avocats et mentionne que l’ordre
des avocats d’Alger a réagi à ces internements, ce qui est plutôt rare à
l’époque :
Le conseil de l’ordre des avocats prit acte des déclarations du préfet d’Alger,
aux termes desquelles ces mesures n’avaient aucune relation avec l’activité
professionnelle des intéressés. Il n’en protesta pas moins en faisant valoir que
les avocats en question n’étaient l’objet d’aucune inculpation précise. Dans
l’impossibilité où ils étaient de présenter leur défense, le conseil de l’ordre
rappela que les avocats ont une mission d’intérêt général à remplir, et que leur
concours est indispensable à l’administration de la justice.
En terminant, il exprima le vœu qu’« une commission de vérification des
assignés à résidence fût créée, et que les avocats pussent recevoir la visite de
ceux de leurs confrères qui devaient, à leur place, se charger de leurs affaires ».
Les interventions de l’ordre des avocats d’Alger ne paraissent pas
avoir eu beaucoup d’effet puisque le président de la Commission écrit
que
Le 12 mars suivant il renouvela ses protestations sous une forme particulièrement énergique. Il fit remarquer que la presse algérienne et métropolitaine
publiait quotidiennement dès informations, d’ailleurs officieuses, et dans lesquelles les avocats étaient mis en cause sans qu’ils fussent en mesure de se
défendre.
Le conseil de l’ordre n’hésita pas à conclure que l’on se trouvait en présence
de véritables séquestrations arbitraires. « C’est une opinion à laquelle il est
difficile de ne pas souscrire... », note à son tour avec une évidente résignation
le président Béteille.
[...] Les internements dont il s’agit ont causé un profond malaise dans le
barreau et le monde judiciaire.
J’ai eu jdes conversations avec MM. les bâtonniers Perrih et Cerna, précise
Pierre Béteille. Ils m’ont affirmé qu’il n’y avait rien dans l’activité professionnelle de ces avocats qui pût donner lieu à des sanctions.
Sinon le conseil de l’ordre, dont on ne saurait mettre en doute les sentiments
patriotiques, n’eût pas hésité à intervenir.
M. le bâtonnier Perrin m’a raconté qu’un jeune avocat stagiaire,
M. Menouer Omar, s’étant montré peu assidu aux conférences du stage, il
l’avait convoqué en sa qualité de bâtonnier, admonesté et commis d office
pour la défense d’un terroriste. M. Menouer remplit sa mission. Mais deux
jours après il était appréhendé et interné au camp de Lodi.
Le procureur général d’Alger est vainement intervenu auprès de 1 autorité
administrative...
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Pierre Béteille cite les noms des avocats et mentionne que l’ordre
des avocats d’Alger a réagi à ces internements, ce qui est plutôt rare à
l’époque :
Le conseil de l’ordre des avocats prit acte des déclarations du préfet d’Alger,
aux termes desquelles ces mesures n’avaient aucune relation avec l’activité
professionnelle des intéressés. Il n’en protesta pas moins en faisant valoir que
les avocats en question n’étaient l’objet d’aucune inculpation précise. Dans
l’impossibilité où ils étaient de présenter leur défense, le conseil de l’ordre
rappela que les avocats ont une mission d’intérêt général à remplir, et que leur
concours est indispensable à l’administration de la justice.
En terminant, il exprima le vœu qu’« une commission de vérification des
assignés à résidence fût créée, et que les avocats pussent recevoir la visite de
ceux de leurs confrères qui devaient, à leur place, se charger de leurs affaires ».
Les interventions de l’ordre des avocats d’Alger ne paraissent pas
avoir eu beaucoup d’effet puisque le président de la Commission écrit
que
Le 12 mars suivant il renouvela ses protestations sous une forme particulièrement énergique. Il fit remarquer que la presse algérienne et métropolitaine
publiait quotidiennement dès informations, d’ailleurs officieuses, et dans lesquelles les avocats étaient mis en cause sans qu’ils fussent en mesure de se
défendre.
Le conseil de l’ordre n’hésita pas à conclure que l’on se trouvait en présence
de véritables séquestrations arbitraires. « C’est une opinion à laquelle il est
difficile de ne pas souscrire... », note à son tour avec une évidente résignation
le président Béteille.
[...] Les internements dont il s’agit ont causé un profond malaise dans le
barreau et le monde judiciaire.
J’ai eu jdes conversations avec MM. les bâtonniers Perrih et Cerna, précise
Pierre Béteille. Ils m’ont affirmé qu’il n’y avait rien dans l’activité professionnelle de ces avocats qui pût donner lieu à des sanctions.
Sinon le conseil de l’ordre, dont on ne saurait mettre en doute les sentiments
patriotiques, n’eût pas hésité à intervenir.
M. le bâtonnier Perrin m’a raconté qu’un jeune avocat stagiaire,
M. Menouer Omar, s’étant montré peu assidu aux conférences du stage, il
l’avait convoqué en sa qualité de bâtonnier, admonesté et commis d office
pour la défense d’un terroriste. M. Menouer remplit sa mission. Mais deux
jours après il était appréhendé et interné au camp de Lodi.
Le procureur général d’Alger est vainement intervenu auprès de 1 autorité
administrative...
