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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
merie d’ailleurs, se livraient sur les inculpés suspects ou simples prévenus à
des méthodes d’investigation relevant beaucoup plus de la Gestapo que d’une
police démocratique.
Le gouverneur général Soustelle, reprenant les instructions du gouverneur
général Naegelen en 1949 avait strictement interdit de telles pratiques
contraires à l’humanité élémentaire et à la dignité humaine, et, au surplus,
incapables d’aboutir au résultat recherché.
Parmi les éléments d’inquiétude, déclarait encore le directeur général de la
Sûreté Mairey, le plus grave à mon sens se traduit par l’élargissement du
fossé de haines inexpiables séparant les éléments européens de la population
autochtone...
Dans ces excès, la police a sa part, l’armée a la sienne.
Chef responsable de la sûreté nationale, il m’est intolérable [en
décembre 1955...} de penser que les polices françaises puissent évoquer par
leur comportement les méthodes de la Gestapo. De même, officier de réserve,
je ne puis supporter de voir comparer les soldats français aux sinistres SS de
la Wehrmacht.
Le président de la Commission se réfère ensuite aux rapports de
Me Maurice Garçon qui font état des tortures infligées à plusieurs
femmes à Alger et cite des passages du rapport du préfet Haag dont il
écrit, avec raison, qu’il « contient des observations très pertinentes qui
méritent à tous égards attention ».
•
[...] Ce serait manquer à notre devoir de conscience, davantage encore à un
devoir envers le pays, que de celer au gouvernement la conviction qui s’est
dégagée de nos investigations. Qu’on ne vienne surtout pas dire qu’en indiquant cette conviction nous pouvons nuire à la France. Si telle était notre
crainte, ces pages n’auraient pas été écrites. Mais nos rapports sont confidentiels [sic]. C’est le gouvernement et lui seul que nous renseignons de bonne
foi, lui laissant le soin d’apprécier ce qu’il doit en faire et les suites qu’il lui
paraîtra convenable de leur donner. Nous supposons que s’il a pris la peine de
constituer, dans des formes solennelles, une commission d’enquête officielle,
c’est pour avoir de la part des membres de celle-ci, des réponses franches et
objectives. Aussi bien le gouvernement n’a-t-il pas eu depuis d’autres sources
d’information (rapports Mairey et Ceccaldi-Raynaud notamment).
Ce scrupule — qui n’a pas été sans nous atteindre — écarté, recherchons
comment on a pu en arriver là dans un pays où le respect des garanties légales,
ou tout au moins celui de la personne humaine, pouvait être considéré comme
profondément ancré dans le cœur et l’esprit de la plupart des citoyens ?
Au premier rang des causes de cette dégradation, il faut sans aucun doute
mettre l’atrocité de la guerre de rébellion. Ce n’est pas un combat loyal comme
celui que se livrent les armées régulières, qui comporte certes des excès, voire
des horreurs, mais où le respect des lois de la guerre, vis-à-vis des non-belligérants ou des blessés, n’en garde pas moins le caractère d’une obligation généralement observée. Le terrorisme ne connaît pas de quartier. Par nature, il
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