Du terrorisme à la répression
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que mentionne le président de la Commission et qui ont eu pour cadre
les centres de Aïn-Isser (préfecture de Tlemcen), Mercier-Lacombe
(sous-préfecture de Mascara) et Mouzaiaville (sous-préfecture de
Blida), respectivement en mars, avril et juin 1957. Dans les trois cas,
des dizaines de musulmans considérés comme suspects sont morts d’intoxication après avoir été enfermés dans des caves à vin. Pierre Béteille
décrit la situation et commente :
Dans l’affaire d’Aïn-Isser, il est un point très grave et très significatif qui
attire l’attention : c’est la dissimulation des cadavres. Elle indique un état
d’esprit qui ne peut être compris que s’il se relie à la situation globale sur
laquelle je reviendrai souvent.
Le lieutenant X est sans doute affolé quand il découvre que quarante et un
suspects ont été asphyxiés à la suite de l’inobservation de consignes élémentaires. Quarante et un morts dans ces circonstances, c’est autre chose que ce
que la note de service du 18 avril appellera un « incident ». Le lieutenant
essaie de dissimuler les cadavres, c’est-à-dire les preuves. Qui l’a aidé en cela
en lui donnant les moyens matériels de la corvée funèbre qu’il a commandée ?
Qui l’a couvert moralement dans cette besogne ? Ce n’est pas à moi qu’il
incombe d’orienter dans cette voie l’instruction et l’accusation. Notre commission n’a pas à s’immiscer dans le cours de la justice.
Mais je suis frappé par ce fait que la population n’a pas réagi publiquement.
Aïn-Isser est tout proche de la commune de Lamoricière. Les autorités régulières de la commune n’ont pas bougé. Seul l’agha Bouhamedi, qui avait deux
parents parmi les suspects, a osé s’adresser au colonel. Ce silence du pays
n’empêche pas les psychoses d’indifférence ou de terreur. On est indifférent
ou l’on a peur. Protester, à quoi bon ?
« Tortures »
Pierre Béteille se réfère dans ce domaine à la Déclaration universelle
des droits de l’homme du 19 février 1949 qui énonce en son article 5
que « nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements
cruels inhumains et dégradants », à la première des conventions de
Genève publiée en France par un décret du 28 février 1952 qui édicte
la même prohibition, à l’article 186 du Code pénal qui réprime les
violences exercées par un commandant en chef ou un sous-ordre de la
force publique dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, et il en vient au rapport du directeur de la Sûreté nationale Mairey
qui écrivait le 13 décembre 1955, après un voyage d inspection en
Algérie :
C’était un point, hélas ! constaté et trop généralement admis, lorsqu il
n’était pas officiellement préconisé que la police algérienne, comme la gendar-
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que mentionne le président de la Commission et qui ont eu pour cadre
les centres de Aïn-Isser (préfecture de Tlemcen), Mercier-Lacombe
(sous-préfecture de Mascara) et Mouzaiaville (sous-préfecture de
Blida), respectivement en mars, avril et juin 1957. Dans les trois cas,
des dizaines de musulmans considérés comme suspects sont morts d’intoxication après avoir été enfermés dans des caves à vin. Pierre Béteille
décrit la situation et commente :
Dans l’affaire d’Aïn-Isser, il est un point très grave et très significatif qui
attire l’attention : c’est la dissimulation des cadavres. Elle indique un état
d’esprit qui ne peut être compris que s’il se relie à la situation globale sur
laquelle je reviendrai souvent.
Le lieutenant X est sans doute affolé quand il découvre que quarante et un
suspects ont été asphyxiés à la suite de l’inobservation de consignes élémentaires. Quarante et un morts dans ces circonstances, c’est autre chose que ce
que la note de service du 18 avril appellera un « incident ». Le lieutenant
essaie de dissimuler les cadavres, c’est-à-dire les preuves. Qui l’a aidé en cela
en lui donnant les moyens matériels de la corvée funèbre qu’il a commandée ?
Qui l’a couvert moralement dans cette besogne ? Ce n’est pas à moi qu’il
incombe d’orienter dans cette voie l’instruction et l’accusation. Notre commission n’a pas à s’immiscer dans le cours de la justice.
Mais je suis frappé par ce fait que la population n’a pas réagi publiquement.
Aïn-Isser est tout proche de la commune de Lamoricière. Les autorités régulières de la commune n’ont pas bougé. Seul l’agha Bouhamedi, qui avait deux
parents parmi les suspects, a osé s’adresser au colonel. Ce silence du pays
n’empêche pas les psychoses d’indifférence ou de terreur. On est indifférent
ou l’on a peur. Protester, à quoi bon ?
« Tortures »
Pierre Béteille se réfère dans ce domaine à la Déclaration universelle
des droits de l’homme du 19 février 1949 qui énonce en son article 5
que « nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements
cruels inhumains et dégradants », à la première des conventions de
Genève publiée en France par un décret du 28 février 1952 qui édicte
la même prohibition, à l’article 186 du Code pénal qui réprime les
violences exercées par un commandant en chef ou un sous-ordre de la
force publique dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions, et il en vient au rapport du directeur de la Sûreté nationale Mairey
qui écrivait le 13 décembre 1955, après un voyage d inspection en
Algérie :
C’était un point, hélas ! constaté et trop généralement admis, lorsqu il
n’était pas officiellement préconisé que la police algérienne, comme la gendar-
