Du terrorisme à la répression
195
La Commission de sauvegarde accuse, mais explique
Le Monde publie, le 14 décembre, le « Rapport de synthèse de la
Commission de sauvegarde des droits et des libertés individuels * » sur
l’Algérie, en réalité une très longue « lettre » que M. Pierre Béteille, qui
a présidé ses travaux, avait adressée au président du Conseil BourgèsMaunoury. Cette publication est d’autant plus attendue qu’elle avait été
différée à plusieurs reprises.
* Rapport publié par Le Monde du 14 décembre 1957. Cette publication sera suivie d’une déclaration de Robert Lacoste au Monde, numéros des 15 et 16 décembre.
** Référence à l’enquête sur la situation en Algérie diligentée par le président de la Commission
internationale contre le régime concentrationnaire, David Rousset. La de egation ans aque e igu
raient le Dr Georges André, Mme Lise Borsum, et Me Van Rij était accompagnée de Germaine Tillion
et de Louis Martin-Chaufïïer.
Ce rapport est articulé autour de cinq grands thèmes dont l’énoncé
suffit à soulever l’intérêt : « Violences — Tortures — Conditions dans
lesquelles sont intervenues les mesures d’internement — Inspection des
centres de triage, d’hébergement, des lieux de détention, des établissements pénitentiaires et hospitaliers — Les disparitions. »
Dès l’exorde, Pierre Béteille souligne le caractère particulier de la
mission impartie à la Commission :
De prime abord, il apparut surprenant, alors que tant de crimes ont été
commis par la prétendue «Armée de Libération», tant d’assassinats, tant
d’atrocités [or la guerre d’ Algérie a encore quelque cinq années devant elle...],
de faire porter une enquête sur les atteintes à la liberté individuelle commises
par les forces de l’ordre sur la personne de leurs assassins et de leurs
complices !
Nous avons constaté sur place, lors d’un transfert effectué à melouza, la
barbarie sadique avec laquelle opéraient les assassins à la solde du FLN.
La liste des égorgements, mutilations barbares, meurtres prémédités, aussi
bien de Français que de musulmans, sans distinction d’âge ni de sexe, n’a
cessé de s’allonger tragiquement depuis le jour fatal de novembre 1954 où a
commencé la rébellion algérienne.
Les crimes sont quotidiens, même au cœur des villes. La stupidité de ces
attentats anonymes par engins explosifs qui blessent aveuglément et tuent au
hasard, et que même la radio du Caire ne parvient pas à expliquer, révèle une
férocité, un climat de haine, caractéristiques de temps que l’on croyait à jamais
révolus.
Puisque l’on a parlé de « génocide », il est incontestable que de tels assassinats collectifs, frappant hommes, femmes, ou enfants, constituent le Crime de
génocide à l’état pur.
À cet égard l’accord est unanime, et la Commission d’enquête contre le
régime concentrationnaire, parmi tant d’autres observateurs neutres et impartiaux, a également formé un avis définitif ** .
195
La Commission de sauvegarde accuse, mais explique
Le Monde publie, le 14 décembre, le « Rapport de synthèse de la
Commission de sauvegarde des droits et des libertés individuels * » sur
l’Algérie, en réalité une très longue « lettre » que M. Pierre Béteille, qui
a présidé ses travaux, avait adressée au président du Conseil BourgèsMaunoury. Cette publication est d’autant plus attendue qu’elle avait été
différée à plusieurs reprises.
* Rapport publié par Le Monde du 14 décembre 1957. Cette publication sera suivie d’une déclaration de Robert Lacoste au Monde, numéros des 15 et 16 décembre.
** Référence à l’enquête sur la situation en Algérie diligentée par le président de la Commission
internationale contre le régime concentrationnaire, David Rousset. La de egation ans aque e igu
raient le Dr Georges André, Mme Lise Borsum, et Me Van Rij était accompagnée de Germaine Tillion
et de Louis Martin-Chaufïïer.
Ce rapport est articulé autour de cinq grands thèmes dont l’énoncé
suffit à soulever l’intérêt : « Violences — Tortures — Conditions dans
lesquelles sont intervenues les mesures d’internement — Inspection des
centres de triage, d’hébergement, des lieux de détention, des établissements pénitentiaires et hospitaliers — Les disparitions. »
Dès l’exorde, Pierre Béteille souligne le caractère particulier de la
mission impartie à la Commission :
De prime abord, il apparut surprenant, alors que tant de crimes ont été
commis par la prétendue «Armée de Libération», tant d’assassinats, tant
d’atrocités [or la guerre d’ Algérie a encore quelque cinq années devant elle...],
de faire porter une enquête sur les atteintes à la liberté individuelle commises
par les forces de l’ordre sur la personne de leurs assassins et de leurs
complices !
Nous avons constaté sur place, lors d’un transfert effectué à melouza, la
barbarie sadique avec laquelle opéraient les assassins à la solde du FLN.
La liste des égorgements, mutilations barbares, meurtres prémédités, aussi
bien de Français que de musulmans, sans distinction d’âge ni de sexe, n’a
cessé de s’allonger tragiquement depuis le jour fatal de novembre 1954 où a
commencé la rébellion algérienne.
Les crimes sont quotidiens, même au cœur des villes. La stupidité de ces
attentats anonymes par engins explosifs qui blessent aveuglément et tuent au
hasard, et que même la radio du Caire ne parvient pas à expliquer, révèle une
férocité, un climat de haine, caractéristiques de temps que l’on croyait à jamais
révolus.
Puisque l’on a parlé de « génocide », il est incontestable que de tels assassinats collectifs, frappant hommes, femmes, ou enfants, constituent le Crime de
génocide à l’état pur.
À cet égard l’accord est unanime, et la Commission d’enquête contre le
régime concentrationnaire, parmi tant d’autres observateurs neutres et impartiaux, a également formé un avis définitif ** .
