Les années perdues
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Publié le 30 décembre 1936 au Journal officiel, le projet dit « BlurnViollette » se présente comme une très modeste tentative d’élargissement des droits politiques des musulmans, dont il est bien précisé que
seules en bénéficieront « certaines catégories de sujets français ». Vingt
et un mille, à quelques centaines près, mais « sans qu’il en résulte
aucune modification de leur statut ou de leurs droits civils », sur les six
millions de musulmans qui sont totalement exclus de toute participation
à l’élection des députés et des sénateurs.
[...] Je le demande encore aux hommes de bonne foi [interroge Maurice
Viollette dans une interview à Paris-Soir du 7 mars 19376] est-ce que la transaction acceptée par les indigènes algériens de 20 000 à 25 000 d’entre eux
entrant dans un collège électoral de 150 000 à 160 000 européens (on avance
également le chiffre de 200 000), selon un droit qui leur sera personnel et qui
ne sera pas transmissible aux héritiers [?], est-ce que cela n’est pas à la fois
sage, prudent et juste ?
De quoi s’agit-il en définitive ?
D’accorder, avec le bulletin de vote, d’abord une récompense à ceux qui
nous ont bien servis, anciens officiers, sous-officiers, après quinze ans de service, fonctionnaires, médaillés du travail.
Dans le même ordre d’idées, on peut considérer aussi comme méritant cette
récompense le fait d’avoir fait l’effort intellectuel pour s’identifier à nous et
d’avoir conquis des diplômes, depuis ceux de l’enseignement supérieur, jusqu’à ceux de l’enseignement primaire, à l’exclusion du certificat d’études.
Comment traiter, en effet, en « sujet » un agrégé, un docteur, et même un
instituteur ? Au demeurant, le même droit vient d’être conféré automatiquement aux diplômés de l’Indochine.
Il convient d’ajouter les industriels, commerçants, agriculteurs, indigènes
qualifiés à raison de 150 par an, choisis par les chambres de commerce ou
d’agriculture.
[...] J’ai fait faire les comptes dans un certain nombre de communes [précise
Maurice Viollette qui établit les comparaisons entre les électeurs européens
inscrits et la part que représenteraient les électeurs musulmans si le projet du
gouvernement est adopté] [...] ces chiffres suffisent pour permettre d’affirmer
que lorsqu’on prétend que le gouvernement va noyer les électeurs européens
dans la masse indigène désormais appelée à la citoyenneté, c’est une audacieuse contre-vérité.
Ce qui est seulement exact, c’est que partout les Européens devront compter
désormais avec les indigènes, et c’est précisément ce qui est juste parce que
s’il n’y a pas d’Algérie sans les Européens, il n’y a pas non plus d’Algérie
sans les indigènes... [Des vérités élémentaires, qui font bondir aujourd’hui,
mais qui sont inacceptables pour beaucoup en 1937 !]
Une délégation conduite par le Dr Bendjelloul et représentative des
divers courants « évolutionnistes » — Bendjelloul se déclare personnel­
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