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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
duction des lois des 16 mars 1956 et 26 juillet 1957 — Mesures exceptionnelles relatives à l’Algérie82 ».
Pierre Cot, juriste, avocat, radical-socialiste, ministre de l’Air du
gouvernement de Front populaire et l’un des principaux soutiens aux
républicains espagnols dans les premières heures de la guerre civile,
depuis la Libération député progressiste proche du parti communiste,
ouvre le dossier. À l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, élu à Paris en
1956 sous l’étiquette poujadiste, lui donne, le plus souvent, la réplique.
Pierre Cot expose... On ne pourra donc prétendre que l’opinion
n’était pas avertie. Première séance du 12 novembre 1957 :
[...] Je voudrais rappeler à ceux qui l’ignorent ou qui feignent de l’ignorer
que les progressistes ont constamment dénoncé les atrocités et les crimes du
terrorisme.
Nous connaissons, il est vrai, les origines du terrorisme. Nous savons ce
qu’il doit aux abus du grand colonialisme ou au mépris du colon pour le
colonisé. Nous savons aussi l’abominable misère de ce dernier.
Nous tenons compte également, dans l’appréciation des faits, des promesses
dont nous avons été prodigues envers le peuple algérien quand il s’agissait de
lui demander de verser son sang pour nous défendre et que l’égoïsme des
grands colons et — disons-le — notre indifférence coupable à l’égard de ces
problèmes n’ont jamais permis de tenir.
Et pourtant, nous nous refusons à considérer ces événements comme une
excuse absolutoire. Nous nous refusons à excuser les crimes et les abus du
terrorisme.
Mais avec la même vigueur, nous nous refusons de considérer que les
crimes du terrorisme peuvent servir d’excuse aux abus de la répression et à
l’instauration de méthodes contraires à cette tradition des droits de l’homme
qui —je l’indiquais la semaine dernière — est le plus beau titre de gloire de
notre pays.
[...] Nous avons vu se rassembler et s’accumuler peu à peu tout un faisceau
de ce que les juristes devraient appeler des présomptions graves, précises et
concordantes, c’est-à-dire suffisantes, hélas, pour emporter la conviction
intime du juge le plus rigoureux ou le plus indulgent.
C’est parce qu’ils ont eu cette conviction intime que de très hautes autorités
de notre pays, autorités morales, religieuses, judiciaires, allant de l’archevêque
d’Alger jusqu’au comité central de la Ligue des droits de l’homme, de la
Ligue protestante française jusqu’à la Confédération des travailleurs chrétiens
— et j’en passe, oh ! combien —, ont proclamé leur indignation et leur
émotion.
En Algérie, vous le savez, un général et plusieurs officiers supérieurs ont
demandé à être relevés de leur commandement ou de leurs fonction pour ne
pas exécuter certains ordres qu’ils considéraient comme contraires à leur
conscience...
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
duction des lois des 16 mars 1956 et 26 juillet 1957 — Mesures exceptionnelles relatives à l’Algérie82 ».
Pierre Cot, juriste, avocat, radical-socialiste, ministre de l’Air du
gouvernement de Front populaire et l’un des principaux soutiens aux
républicains espagnols dans les premières heures de la guerre civile,
depuis la Libération député progressiste proche du parti communiste,
ouvre le dossier. À l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen, élu à Paris en
1956 sous l’étiquette poujadiste, lui donne, le plus souvent, la réplique.
Pierre Cot expose... On ne pourra donc prétendre que l’opinion
n’était pas avertie. Première séance du 12 novembre 1957 :
[...] Je voudrais rappeler à ceux qui l’ignorent ou qui feignent de l’ignorer
que les progressistes ont constamment dénoncé les atrocités et les crimes du
terrorisme.
Nous connaissons, il est vrai, les origines du terrorisme. Nous savons ce
qu’il doit aux abus du grand colonialisme ou au mépris du colon pour le
colonisé. Nous savons aussi l’abominable misère de ce dernier.
Nous tenons compte également, dans l’appréciation des faits, des promesses
dont nous avons été prodigues envers le peuple algérien quand il s’agissait de
lui demander de verser son sang pour nous défendre et que l’égoïsme des
grands colons et — disons-le — notre indifférence coupable à l’égard de ces
problèmes n’ont jamais permis de tenir.
Et pourtant, nous nous refusons à considérer ces événements comme une
excuse absolutoire. Nous nous refusons à excuser les crimes et les abus du
terrorisme.
Mais avec la même vigueur, nous nous refusons de considérer que les
crimes du terrorisme peuvent servir d’excuse aux abus de la répression et à
l’instauration de méthodes contraires à cette tradition des droits de l’homme
qui —je l’indiquais la semaine dernière — est le plus beau titre de gloire de
notre pays.
[...] Nous avons vu se rassembler et s’accumuler peu à peu tout un faisceau
de ce que les juristes devraient appeler des présomptions graves, précises et
concordantes, c’est-à-dire suffisantes, hélas, pour emporter la conviction
intime du juge le plus rigoureux ou le plus indulgent.
C’est parce qu’ils ont eu cette conviction intime que de très hautes autorités
de notre pays, autorités morales, religieuses, judiciaires, allant de l’archevêque
d’Alger jusqu’au comité central de la Ligue des droits de l’homme, de la
Ligue protestante française jusqu’à la Confédération des travailleurs chrétiens
— et j’en passe, oh ! combien —, ont proclamé leur indignation et leur
émotion.
En Algérie, vous le savez, un général et plusieurs officiers supérieurs ont
demandé à être relevés de leur commandement ou de leurs fonction pour ne
pas exécuter certains ordres qu’ils considéraient comme contraires à leur
conscience...
