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Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Cinq musulmans sont assassinés près de Chateaudun-du-Rhumel
(Constantine).
Et six autres sont retrouvés pendus à un pylône, près de Matafa, dans
l’Orléansvillois.
Les rebelles ouvrent le feu sur un marché dans la région de Diderot,
près de Tiaret. Un musulman est tué, deux autres sont blessés.
Une grenade, lancée dans un café maure à Constantine, blesse dixneuf musulmans, dont deux grièvement.
• Le 11 juin, jour des obsèques des victimes du Casino et de la
« ratonnade » qui les ont accompagnées, Maurice Audin a été arrêté par
des hommes du 1er RCP sous les ordres du lieutenant-colonel Mayer.
La date n’est certainement que de pure coïncidence, mais le lieu de
destination de Maurice Audin, après son arrestation, n’est pas, lui...
de pur hasard. On le conduit au Centre d’El-Biar, avenue GeorgesClemenceau, là même où Ali Boumendjel avait été exécuté, où apparemment Djamila Bouhired avait transité, et où Henri Alleg sera interné
le lendemain, et subira les tortures qu’il racontera dans La Question.
Âgé de vingt-cinq ans et maître de conférence à la faculté des
sciences de l’université d’Alger, Maurice Audin milite dans la même
cellule du parti communiste qu’Henri Alleg. Il est filé, surveillé, suspect
d’entretenir, comme nombre de ses camarades, des relations avec le
FLN. Cela suffit pour mériter l’embastillement dans les geôles de l’armée... et disparaître à jamais.
Inquiète de la disparition de son mari, Mme Audin, à l’exemple de
la famille de Mohamed Mahdid, de Texenna, dont nous relations le cas,
prend des avocats et, à partir du 14 juin, commence à alerter toutes les
autorités possibles dans le monde académique, policier, judiciaire et
militaire. L’un des avocats de Mme Audin, Me Braun, s’adresse au
président de la République, lequel fait répondre qu’il est intervenu
auprès de Robert Lacoste. Mais celui-ci, sur le moment, ne dit mot... Il
n’en dira pas davantage par la suite. Il existe des occasions où parler
le moins possible est le meilleur moyen de se tirer d’un mauvais pas,
et comme dans ce cas précis, d’enterrer des affaires embarrassantes.
Le 22, Le Journal d’ Alger, quotidien proche du maire libéral Jacques
Chevallier, fait état de « l’assignation à résidence » de Maurice Audin.
Assignation à résidence ? En termes juridiques, cela signifie que la personne interpellée est contrainte de résider en un lieu précis... Mme Audin
cherche donc à prendre contact avec le colonel Godard, le chef d’état-major
du général Massu et l’homme clé de la « Bataille d’Alger ». Godard, dans
un premier temps, ne donne pas suite, mais fait savoir à Me Borker, qui
représente en même temps les familles Audin et Alleg, que ses deux clients
« vont être incessamment conduits devant le juge d’instruction ».
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