170
Le livre noir de la guerre d’ Algérie
Au Gouvernement général, l’embarras est à la mesure de l’événement. On constate benoîtement que «les obsèques des victimes du
Casino de la Corniche avaient donné lieu, le surlendemain, à des manifestations dont les excès ne sauraient bénéficier d’aucune indulgence ».
Bigeard, qui s’était réjoui de sortir du bourbier sanglant d’Alger pour
aller se mesurer aux fellaghas, est rappelé à Alger avec le 3e RPC.
Dans L’Echo d'Alger du 12 juin, Alain de Sérigny tire des conclusions d’autant plus remarquées qu’elles viennent d’un homme dont on
connaît les convictions :
De graves, de multiples, de déplorables incidents entourés de scènes
d’émeute, ont marqué la journée d’hier à Alger. Cette journée de deuil appelait
l’unité dans la dignité, le sang-froid dans l’affliction.
L’exaspération suscitée par les atroces attentats de ces derniers jours est
certes compréhensible. Elle ne saurait excuser l’attitude de quelques meneurs
entraînant des groupes de tout jeunes gens [la présence de ces « meneurs » fut
en effet remarquée], dans le vertige des destructions aveugles et des actes
d’une violence parfois meurtrière.
Les tueries de beni-ilman (melouza), après bien d’autres, ont montré au
monde entier — et on ne doit pas l’oublier à Alger — que les victimes des
assassins du FLN sont les musulmans autant que les Européens : c’est à la
communauté franco-musulmane tout entière que s’en prennent les ennemis de
l’Algérie française, depuis trente mois.
Dans leur déchaînement, les garçons qui jouaient aux émeutiers — mais en
avaient-ils conscience ? — faisaient, hier, le jeu des rebelles.
Que l’on songe à la façon dont nos adversaires exploiteront, exploitent déjà,
ces incidents à travers le monde...
Alain de Sérigny aurait pu ajouter — mais il était, dans ce domaine,
condamné au silence —, que l’armée et la police venaient de porter
une lourde responsabilité en évitant de canaliser la colère légitime des
Européens, et en tout cas de neutraliser les groupuscules de casseurs
manipulés par les spécialistes du contre-terrorisme. Sérigny avait raison : le contre-terrorisme de masse, plus encore que le contre-terrorisme
individuel, valait, au profit du FLN, plus que tous les efforts de
propagande.
Les radios arabes favorables au FLN se saisissaient, bien entendu, de
l’événement. Ainsi Radio Damas dans son émission « La voix du
Maghreb arabe », et par la voix de Abdelhamid Mahri, représentant du
FLN en Syrie, le 13 juin64 :
Le massacre qui a eu lieu hier dans la capitale algérienne est considéré
comme le plus important qui se soit produit jusqu’ici. Et nous sommes certains
Précédent

- 165/420

Suivant